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H sa ka fèt

VIP-Blog de hsakafet
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  • Créé le : 14/04/2007 23:58
    Modifié : 11/05/2009 16:31

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    Gédé, un temps haïtien pour la transgression

    25/10/2007 20:03



    Trimestriel N°3 - H! sa ka fèt N°26 Octobre 2007

    Gédé, un temps haïtien pour la transgression.

    En fréquentant les peuples de la Caraïbe,on constate à l’évidence que l’haïtien emploie très peu de jurons, de "gros mots", en comparaison des autres populations de la zone.L’une des raison s de cet état de fait, c’est que nous sommes les seuls à avoir un jour spécial dédié à ces propos. Je dis un jour, alors qu’il s’agit en réalité des 1er et 2 novembre. Mais pour des raisons que je n’aborderai pas ici, certaines personnes reportent la manifes tation à plus tard, jusqu’à la 3èmesemaine de décembre. Dans ces cas là, cela ne dure qu’un soir.

     

    Martissant, au sud de Port-au-prince,il est neuf heures du matin Les rayons du soleil transpercent timidement une mince couche de nuages qui transpire pour laisser s’échapper un crachin.C’es t normal, nous sommes le premier novembre. De tout temps, une pluie fine a toujours arrosé cette journée. Nous sommes un peuple qui n’a pas peur des projectiles d’armes à feu, mais qui se met à l’abri à la moindre goutte de pluie. Aujourd’hui c’est différent, ces gouttes n’annoncent pas la pluie, "men yon ti sé ren ".Un groupe de jeunes, des adolescents mêlés à des jeunes adultes, entourent un monsieur d’une cinquantaine d’années ou plus. Ce type porte un pantalon noir et une chemise violette, il est ceint d’une bande de toile noire dont les deux bouts pendent sur son côté droit, des sandales en plastic de couleur noire aux pieds et un chapeau de laine, noire aussi, couvre sa tête. Il a à la main droite un bâton de bois gayac d’environ un mètre vingt (1m20) de longueur et vingt centimètres(20cms) de pourtour, verni en rondelles régulières claires et foncées. Il a un sac en paille, un makout, porté en bandoulière. Il porte des lunettes de soleil, avec des verres très sombres. Il tient un livre ouvert à l’envers dans la main gauche;les yeux rivés au livre comme s’il lisait pour de vrai, il récite une litanie de jurons, provoquant l’ hilarité de ceux qui l’entourent et l’écoutent. Il est sans doute analphabète, c’est un gédé. Sur son chemin vers le cimetière, il raconte les histoires de "grann Brijit ",de bawon samdi, bawon lakwa, bawon simitiè. Il consomme des alcools de fabrication locale qu’on lui offre, mais dans son sac il a au moins une bou teille de verre [noir, pour qu’on n’y voit point à l’intérieur ] duquel il peut aussi prendre un coup de temps en temps. Géné ralement, après sa lecture singulière, il réclame des gé krévé, des pièces de monnaie, en récompense de sa prestation. Les jeu nes ne lui en donnent qu’à conditions qu’il recommence la lita nie. Mais des adultes passant, lui en offrent volontiers.

    C’est le premier de la journée, il y en aura certainement beauco up d’autres: des hommes et des femmes, tous vêtus de violet et de noir,ils réciteront des litanies de jurons pour le plaisir de tou t le monde, enfants, jeunes et adultes,personne ne sera offusqué prémié ak dé novanm, sé jou gédé. Ils partiront des bas quartier s pour se rendre au cimetière intérieur de Port-au-prince pour un bon nombre, rendre hommage aux dieux de la mort en ce jour de la toussaint.Le lendemain, fête des morts, ils recommen ceront. Entre temps, la bamboche aura continué dans la nuit du 1er au 2, dans les hunfò publics(péristyle)ou à domicile, avec la participation des amis, des voisins, des passants, etc.

    Dans les quartiers aisés, s’il y a des manifestations, elles sont discrètes pour ne pas dire secrètes. Pas question pour ces chréti ens bon teint de laisser transpirer leurs racines vodou au su de leurs voisins,ce serait dégradant. Certains iront s’encanailler da ns les boites de nuit ou restaurants qui organisent la soirée gédé en spectacles pour adultes dévergondés, d’autres plus authentiq ues, iront directement chez des hungan et mambo réputés, ceux chez qui dont on sait que l’on retrouvera des cadres supérieurs, des directeurs de cabinet, des ministres, des militaires de haut rang et parfois le président de la République, lui même. Les bourgeoises qui n’oseront pas se rendre à ces manifestations pu bliques, feront semblant d’aller nettoyer ou simplement fleurir la tombe de leurs parents, certaines iront au marché dans l’es-poir de croiser un gédé sur la route, d’autres encore plus hypo- crites, les plus nombreuses celles-ci, iront à la messe du matin non pas dans leur église la plus proche, mais au centre ville ou dans un quartier populaire, car la manœuvre consiste à rencon trer des gédé. Ceux-ci seront sur les routes pendant toute la jour née, allant ou revenant du cimetière. Le soir venu, les festivités continueront dans les maisons,sous les vérandas, dans la cour pour les soirées privées. Tambour et chants grivois (pornogra- phiques) ponctueront la nuit. On mangera de la viande de cabri et boira ce que permettent les poches. Surtout, on aura vidé l’es tomac de tous les mots habituellement interdits. Le gédé,c’est-à dire la ou les personnes chevauchées par l’esprit, aura dansé, chanté, discuté avec l’assistance, collecté de l’argent.Il aura fait et recueilli des promesses,accordé des faveurs verbales,aura été le centre d’attention de tous les participants. Sa présence a per mis toutes les transgressions, il est la star des évènements. Il n’ a la crainte que des représentants de l’ordre en uniforme. Si l’ un de ceux-ci s’approche, il va se cacher.

    Le temps gédé, n’est pas le même que celui du carnaval. Il ne précède pas le jeûne, ou l’abstinence. C’est un temps récréatif, transcendé par la présence d’une divinité qui en est l’animatric e.C’est une transgression par représentation.Comme pour le car naval :il y a de la musique,de la danse,des chants, des stars, des spectateurs, des déguisements (l’accoutrement des personnes chevau chées par l’esprit, qui s’apparente d’avantage d’ailleurs à un uniforme)et des transgressions. Mais la psychologie du gédé est différente. Il n’ est pas donné à tout le monde d’être chevauché par un esprit, cela ne s’achète pas. Il faut être un oint choisi par l’esprit lui-même ou l’avoir reçu en héritage familial. A celui qui enfreint les règles et usurpe le rôle, on souhaite bien du courage à l’épr euve des piments confits dans de l’huile avec lesquels il faut se frictionner le corps, notamment l’appareil génital. Le gédé ne manifeste aucune violence, au contraire, quand il arrive que des individus tiennent des discours exagérément vulgaires,on a déjà vu des personnes en transe abandonner l’espace de la manifesta tion et se déporter dans la rue,plutôt que de les réprimander. La présence des homosexuels, masculins, est souvent un détona-teur de l’exagération. La foule autour du gédé n’est pas un élé-ment constitutif de la fête, elle n’est que spectatrice. Le gédé est là pour être fêté. S’ils sont plusieurs, souvent ils ne discutent qu’entre eux. C’est l’inconnu qui se présen te à l’identifiable. L’obscur qui s’éclaire en prenant possession du vivant. Si le vo cabulaire est sexuel, c’est parce que le sexe c’est la vie.Le gédé ne décrit pas le sexe ou l’acte sexuel, il ne fait que nommer l’ap pareil génital ou des parties du sexe en des termes crus que réfutent le langage quotidien Il ne raconte pas une partie de plaisir. Il pointe du doigt ce qui est important, indispensable à la trans mission de la vie. Divinité de la mort, le gédé est un hymne à la vie. Il est unisexe. Tout gédé est un papa gédé. Le pôle féminin n’est présent qu’à travers les nombreu ses références verbales à gran-n brijit.

    Le gédé est aussi fêté dans la diaspora haïtienne. Mais ici, son rôle d’exutoire est beaucoup moindre,c’est d’avantage une céré monie religieuse(vodou)fort souvent interrompue en Martinique par les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore saisi qu’à l’étranger, il n’y a pas de jour consacré aux jurons. Aux USA, le côté spectacle est mis en avant, en milieu fermé mais public.

    Il semblerait que le gédé soit une adaptation locale de la fête a méricaine, Halloween. C’est vrai qu’il y a des similitudes:le 1er novembre, les couleurs noire et violette,la marche à pieds, la mendicité. Mais le gédé, même importé et adapté,est un temps exutoire. Et si c’est une adaptation d’Halloween, c’est là une dé monstration de force de la culture haïtienne, capable d’ingérer et de digérer les apports extérieurs.

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