Ce 17 octobre 2007, marquait le 201ème anniversaire de la mort de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, père de la nation haïtienne. Des historiens actuels, négationnistes de l’histoire d’Haïti, soutiennent que Jacques 1er n’est que la suite de Toussaint Louverture. Voulant signifier, que l’indépendance était la suite logi que après l’échec de la tentative d’autonomie. J’aurais pu mépriser cet argument, me dire: les pauvres, ils n’ont décidément rien com pris! Ce serait faire leur jeu, car ils savent très bien, ils ont très bien compris. Ils sont seulement de mauvaise foi. Ils sa vent que leur dire sont sinon totalement faux, au moins forte-ment galvaudés. Ils outrepassent leur rôle qui est de rapporter les faits tels qu’ils se sont passés,et non pas de les raconter selon leurs intérêts politiques actuels, ou ce dont ils croient être leurs intérêts. Quelle est la réalité historique ?
Toussaint Louverture se bat, pour se mettre à la tête du soulèvement des esclaves et ainsi le contrôler aux profits de la classe des grands propriétaires, les colons absentéistes. Mais il est isolé au milieu de trois (3) ennemis irréductibles :
1) Les colons domiciliés et les fonctionnaires de la colonie.
2) Les mulâtres, tiraillés entre la défense de leurs héritages paternels non homologués, les idées républicaines dont ils se sentent les tenants par assimilation avec la bourgeoisie métropolitaine de laquelle ils se considèrent des membres naturels de par leur éducation et leur base noire d’où est issue leur famille maternelle dont Tous-saint leur dispute le leadership.
3)Les nègres bossal éparpillés dans les bois, avec un embryon d’organisation sous la houlette de Lamour Déran ce et de Lafortune, héritiers du Cacique Henry qui dirigent le groupe des nègres marrons vivant dans les monta gnes du Bahoruro.
Toussaint va tacher d’écraser les noirs en commençant par Bias sou et Jean-François Papillau, et en obtenant la neutralité des nègres marrons du Bahoruco. Il s’attaquera ensuite aux mulâtres d’abord par ceux du Nord(affaire Villate,1794)avant d’aller contre ceux du Sud(guerre du sud :1799-1800)plus nombreux et plus puis sants. En même temps, il se débarrassera des fonctionnaires dangereux l’un après l’autre, en s’appuyant sur les dissensions entre les blancs partagés dans les camps républicains, monarchi stes totalitaires ou constitutionnels. Les commis de l’état envoyés à Saint-Domingue se retrouveront souvent bombardés députés, représentants la colonie en France. Il s’appuiera pour réaliser son programme sur tous les blancs à qui il devient indispensable, notamment les militaires et sur les émigrés de la premiè re heure qu’il va faire revenir pour les replacer dans leurs droits terriens, décision éminemment anti-mulâtre.
Il va échouer pour les raisons suivantes :
a) Les colons absentéistes réunis au sein du club Massiac, à Pa-ris, revendiquent l’indépendance pleine et entière de Saint-Do-mingue, afin de garder intacts leurs droits et privilèges d’avant juillet 1789, sans menaces républicaines ou de monarchie cons titutionnelle.Avec Toussaint à la tête de la colonie, les pouvoirs des gérants se retrouvent renforcés, rendant les propriétaires tro p dépendants, surtout en l’absence des fonctionnaires.
b) Les mulâtres sont spoliés dans leurs intérêts matériels par le retour des blancs propriétaires de qui ils revendi quent l’héritag e abandonné, d’une part. La promotion d’une classe de noirs mi litaires venant renforcer les nègres à talent et domestiques qui les supplantent dans le gouvernement autonome de Toussaint, d’autre part.
c) Les noirs se battent pour leur liberté totale et entière, rêvant d’une revanche après 300 ans de joug esclava giste, ils ne sont pas disciplinés et ils n’ont surtout plus envie de travailler dans les champs; ce à quoi les oblige le régime autonomiste.
d) Même ceux des blancs sur place qui ont dû s’associer à Tous saint,pour préserver l’essentiel, ne l’ont fait qu’en attendant des jours meilleurs, que la perfide Albion lève son maudit blocus et laisse passer à nouveau les troupes françaises. Avoir des égards pour un nègre, en 1801, ça n’a pu être commode.
DESSALINES est dans une toute autre configuration, sa logiqu e ne peut être la même. Il est évident que le retour à l’esclavage est une conséquence logique de l’échec de Toussaint. Il sait ce qu’a fait Richepance en Guadeloupe. L’Empereur est un nègre des champs, il a connu les rigueurs de la production à outrance, il sait qu’il n’y a pas d’issue en dehors de la révolution. Il sait que si Toussaint a perdu les batailles contre les troupes expédi tionnaires, c’est parce que les nègres ont trop hésité à l’arrivée des troupes de Bonaparte. Ils ne savaient pas s’ils fallaient com battre les français ou non, puisqu’on leur disait qu’ils étaient eux-mêmes français. Les blancs locaux étaient retournés dans leur camp naturel, les mulâtres vaincus en 1800 étaient revenus avec les blancs, les bossals de leur côté continuaient de se bat-tre en criant "liberté ou la mort". Si Dessalines rend effective ment et définitivement les armes, il ne pourra point jouir de la protection des bossals pour lesquels il est le traître (chef d’état ma jor de Toussaint) qui permit le régime autonomiste, néfaste aux nè gres, d’un côté et les blancs ne le protègeront pas, lui, l’ancien bras droit de Toussaint, de l’autre côté.
Les mulâtres, dans les bateaux de l’expédition, se sont convain cus qu’un mauvais sort leur était réservé en cas de défaite des noirs. Ils seraient déportés à Madagascar. Ils se sont démenés pour faire savoir à Dessalines qu’ils étaient prêts à se soumettre à son autorité en cas de maintien du conflit.
La situation s’était donc éclaircie par rapport à l’époque Toussaint : d’un côté il y avait les blancs pour rétablir l’esclavage et de l’autre, tous ceux qui avaient du sang africain, souhaitant échapper à un funeste destin. "Liberté ou la mort", avait un sens concret. En 1801, c’est un blanc,c’est-à-dire un humain porteur d’une tradition d’organi sation sociale réfléchie, qui porte au public les promesses du nouveau régime. Il sait d’où il vient et où il veut aller. Il est président de l’assemblée coloniale, il connaît le sens des mots : " Intérêt " " Economie " " échanges com-merciaux ".Si ce n’est lui,c’est certainement l’un de ses congénères le capitaine du bateau, l’éminence grise dont Toussaint n’est qu e le drapeau. Dessalines se bat pour la survie. Il n’a pas le tem ps ni les moyens de philosopher. Ou il tue, ou il sera tué. Sa seule échappatoire c’est le pays qu’il doit se constituer, en être le propriétaire pour avoir le droit de s’y cacher, pour ne pas redevenir esclave. La liberté qu’il revendique est primaire, anar chique, animale. Il la veut pour lui et pour ses frères. Plus ils se ront nombreux, plus ils pourront résister aux maîtres défaits qui ne manqueront pas de revenir. Avec l’énergie du désespoir, ils se battront. L’Empereur n’a pas de projet national, son seul but est de sauver sa peau. Henry Christophe a un projet, Alexandre Pétion en a un, Gérin fait des plans. Pas Dessalines, lui ne pen se qu’à vivre, tout bêtement vivre. D’autres peut-être moins en vue, avec moins de réussite ont des idées,des envies, peut-être des plans. Tous les efforts de Dessalines ne sont voués qu’à re-pousser les limites de la mort et profiter au maximum de la vie. Il ne succède pas à Toussaint, il ne prend le relais de personne, ni d’aucune idée. Seulement, en toute circonstance l’homme doit choisir la vie. Alors il a vécu jusqu’à ce que ses frères in-grats, lâchement, l’assassinent le 17 octobre 1806.