Un géant est parti,
Wesner Morancy n’est plus.
Dans la moiteur d’une chambre d’hôtel refroidie par l’hiver de Loire Atlantique, à Nantes, en France, une ampoule a brûlé, une lumière s’est éteinte. Tour à tour : séminariste catholique, enseignant, fondateur-propriétaire-directeur d’école, Directeur du ministère de l’éducation nationale en Haïti, Hungan, fondateur de l’« Eglise vodou d’Haïti » licencié en droit récemment, il a été tout cela, Wes -ner Morancy. Francophone et francophile, il est à l’origine de la publication de cette nouvelle série de H ! Sa ka fèt. La seule chance de notre génération, me disait-il, d’avoir une utilité pour notre pays (Haïti), c’est d’y défendre la langue et la culture française. Ce vaudouisan déclaré, était profondé-ment chrétien. Un prêtre (catholique) était selon lui, supérieur aux autres hommes. Le dimanche 9 décembre, nous avons appris avec stupéfaction et une grande peine, son décès survenu à Nantes. Seul dans un grand lit, attendant le retour de sa compagne en tournée artistique.
Egarée à la recherche d’une impossible notoriété raisonnée, perdue à la poursuite d’une reconnais -sance personnelle, vindicative, combative et pugnace, la bonté faite homme est partie dans l’ombre, recouverte de l’anonymat d’un nègre en pays blanc. Que restera t-il de son passage en ce bas mon-de? Olohum dans sa grande miséricorde en fera t-il la pierre angulaire de l’Eglise vodou d’Haïti »? «Le livre sacré du vodou » deviendra t-il la bible des vodouisan? Ejecté de l’église catholique, con-testé par les vodouïsan traditionnels, Wesner deviendra t-il la pièce maîtresse d’un vodou régénéré, fédéré, construit qu’il appelait de ses vœux sans y avoir foi? Foi ni dans le vodou, ni dans la voie!
Sa mémoire ne s’effacera point tant que ses amis vivront, le sillon qu’il a tracé dans le vodou est sans doute ineffaçable, il a laissé des descendants biologiques ainsi que de nombreux pitit kay. Dans l’espoir qu’il aura trouvé dans l’autre monde la paix qu’il a tant désiré ces dernières années ici-bas, que ses voies s’éclairent afin qu’enfin il trouve son chemin, pour lui-même et pour ceux qu’il ai-me. Adhuc stat.
Fanfan Mahotière