Capturées comme des bêtes sauvages, des populations africaines ont été emmenées ici, dans
la Caraïbe, pour être des bêtes de somme. Pour se faire, il a fallu les dompter dans l’espoir de les domestiquer. Ce qui a plutôt bien réussi. Le domesti que étant celui qui, dominé, accepte de se soumettre à la volonté de son dominant, imbu (le dominé) de son infériorité. Mais l’homme est homme. Son instinct est plus fort que lui. Chaque fois que c’est nécessaire, l’instinct supplante l’intelligence. Ainsi, la volonté d’être libre n’a jamais abandonné le déporté y compris le domestiqué. S’il a accepté la domination, le plus souvent, c’est par instinct de conservation, par peur d’une mort brutale, d’une vie trop courte.
Parmi les populations de nos îles, peu se sont soumises, mais certaines l’ont fait.L’évolution, malgré tout,fait qu’à un mo-ment, le besoin d’identification est si fort qu’un groupe particulier souhaite se démarquer, se singulariser, devenir un peuple citoy en pour mimer le maître quand celui-ci lui laisse la marge suf-fisante. Ce ne fut pas le cas des saint-dominguois. Il n’y a jamais eu volonté nationale chez l’haïtien, la nationalité fût un fait qui lui est tombé sur la tête. A aucun moment ce fût un objectif atteint, un but fixé. Nous y reviendrons plus loin.
Un groupe d’hommes peut-il se proclamer nation, quand il n’a aucune armée capable de défendre son territoi re, aucun moyen de production même alimentaire, aucune originalité culturelle ? Une nation existe-t-elle, quan d son territoire est dévolu aux dictats d’un tuteur présent sur place ou non ?
Est-ce que le chien qui débarque dans une propriété prend possession du domaine en y pissant aux quatre points cardinaux? Devient-il l’égal du maître en aboyant pour avertir de l’arrivée d’un quelconque visiteur ou en se mettant en colère quand passe l’un de ses congénères ? Le néo-colonisé qui représente son pays à l’ ONU, est-il l’égal du représentant d’une puissance tutrice à qui il doit demander en quel sens voter pour ne pas déplaire au gouvernement de celle-ci? Bref, suffit-il d’être prénommé jésus pour être Christ ? Evidemment, je n’apporterai aucune réponse à ce questionnaire .
Je ne ferai aucune démonstration en me référant à l’histoire; ni aucun étalage d’une prétendue érudition à ce sujet. Je souhaite tout bêtement que nous y réfléchissions ensemble.
Attardons nous un peu sur trois nations indépendantes de
la Ca raïbe : Haïti 1803, Cuba 1898 et les Bahamas 1969.
Haïti, bénéficiant d’une conjoncture géopolitique favorable s’extirpe du système colonial avec l’aide de la première puissan ce coloniale (Royaume-Uni), secondée de la volonté expansionniste des USA. La nation s’érige avec des moyens militaires alloués par d’autres nations, un gros potentiel agricole; culturellement, les mœurs et coutumes des africains associés à ceux des amérindiens ne nécessitant que d’un creuset pour fermenter. C’ est ce qui arrivât pour le pays réel. Quant au pays offi-ciel, il ex périmente sans concrétiser le mimétisme de ses anciens maîtres de qui il tient ses classiques.
Cuba est délesté de l’ensemble espagnol affaibli, les Etats-Unis en font un protectorat. Le territoire est donc organisé selon les prérogatives du nouveau tuteur. Pour échapper à l’hégémonie a méricaine, Fidel Castro doit se donner aux russes, donc changer de tuteur. Les russes devenus défaillants, voilà les cubains obligés de recomposer avec le maître d’Amérique.
Quant aux Bahamas, à quinze minutes de vol depuis l’aéroport de Miami, il ne pouvait demeurer en dehors du contrôle avé ré des USA en quittant celui de
la Grande Bretagne.
Ces trois groupements de populations, sont ils représentatifs chacun d’une nation ? Une nation peut elle être sans une volonté hégémonique de ses dominants locaux ? Sans que sa bourgeoisie soit concurrentielle? Une bourgeoisie vassale (louverturienne) peut-elle conduire une nation ? Que vaut un passeport caraïbéen ? Voi-ci, les questions essentielles de notre nationalité ?
Insistons un peu sur la «nation» que nous connaissons le mieux: Haïti. Elle n’a jamais eu, même pendant sa période de liberté sauvage, qu’une farouche volonté pour tout moyen de défense militaire. Une portion d’île sans marine de guerre avec une na tion ennemie dans son flanc terrestre, que Dieu ait pitié d’elle. Es-tu une nation lorsque ton voisin le plus proche tue des milliers de tes ressortissants séjournant chez lui et que tu ne tentes pas de les défendre, même pas par une plainte diplomatique par ce que tu sais que le tuteur commun entérinera les faits en interdisant toutes représailles ? Sommes-nous une nation quand nos passeports, notre monnaie sont imprimés à l’étranger? Sommes nous une nation quand nous accep tons que les enfants de nos ressortissants nés dans des pays étrangers où la nationalité est régie principalement par le droit du sol, soien t haïtiens; alors que nous n’acceptons pas la double nationalité et que le droit du sol chez nous est roi ? Sommes-nous une nation quand le tuteur décide que désormais la reconnaissance de la double nationalité est pour nous une nécessité et que nous nous exécutions illico presto, constitutionnellement.
Pourquoi n’existe-t-il pas à l’O.N.U, une loi régissant la dissolution volontaire d’une nation, comme on peut le faire en Fran-ce pour une association loi 1901?
Les israéliens ont bien vécu des siècles comme peuple sans terre, nous pourrions faire pareil ! Par contre, là se pose une autre question essentielle, peut-il exister des haïtiens sans HAÏTI ?
Comme promis, revenons à notre volonté ou non d’être une na-tion. Haïti est née de trois(3) volontés conjuguées :
1) Celle de l’Angleterre qui souhaitait priver
la France de ses principales recettes coloniales.
2) Celle des nègres souhaitant sortir de l’esclavage.
3) Celle des mulâtres à la recherche d’une position forte dans leurs négociations pour l’égalité avec les blancs.
L’Angleterre ne souhaitait certainement pas faire de ces escla-ves une nation, donnant le mauvais exemple à ses propres colo nies d’esclaves, notamment
la Jamaïque à quelques encablures du Sud d’Haïti.
Les nègres ne souhaitaient que la liberté, ils ignoraient jusqu’à l’existence du concept de nation. Ce n’était pas le mode d’organisation qu’ils connaissaient en Afrique avant d’être déportés. On peut leur associer dans cette même mouvance, les quelques amérindiens encore vivants et ceux disparus qui subsistaient da ns leurs veines.
Quant aux mulâtres, ils souhaitaient hériter de leur père pas les spolier de leurs biens.
Donc vous voyez, aucun des ouvriers bâtisseurs de cette nation n’a souhaité la construire. Elle existe par ac-cident L’arbre n’a pas été planté, ce n’est qu’une graine tombée en terre par pur hasard. Mais Dieu, que ses racines sont profondes !
Pour conclure sur la nationalité caraïbéenne, elle n’est que virtuelle, ne repose sur rien du tout. Comme l’en-fant mineur est chez lui en habitant chez ses parents, ainsi est la nationalité caraïbéenne. Elle n’existe que par la volonté des nations adultes, tutrices.
Un jour … Peut-être… caraïbéen sera homme, mes frères.
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Kenbé do-m, mézanmi !