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Une femme d'Haïti
26/04/2008 06:45
L’histoire d’Haïti est jalonnée de femmes vaillantes dont l’écho des exploits est parvenu jusqu’aux généra-tions récentes pour les plus anciennes… Les contemporaines incendient encore nos mémoires. Qu’il s’agis-se de la manbo qui officia à la cérémonie du bois caïman en 1791 sous la présidence de Bookman et qui plon-gea le couteau dans la gorge du cochon vivant pour faire jaillir le sang chaud bu par les participants ou de l’actuelle ministre à la condition féminine, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, qui au moment du coup de force contre J.B. Aristide en 1991, quand elle était ministre à la communica tion, fut le seul officiel, tous camps con-fondus, à aller sur les ondes informer les citoyens sur le déroulement des évènements au moment même où ils se passaient à la capitale; en passant par Mildred Trouillot Aristide,1ère dame, qui se plaçait en défenseur des femmes face aux dérives de la détention judiciaire préventive, les femmes d’Haïti ont toujours été présentes et leur participation reconnue par nous, les hommes, la nation, l’histoire que nous avons étudiée dans nos ma-nuels scolaires. Mêmes les analphabètes éclairés, ceux qui n’ont pas accès aux livres mais qui s’intéressent à la vie de la cité, connaissent le nom et l’action de nos femmes héroïques. On peut, sans être exhaustif, en citer quelques unes : femme de guerre : Sanite Belair, femme couturière : Catherine Flon (elle a cousu les 2 morceaux du bicolore national), femme secouriste: Mme Dessalines, (faisait l’infirmière sur les champs de bataille), fem me dévoué e et fidèle: les 2 sœurs du général Gérin (elles portèrent le deuil de leur frère, de sa mort en 1810 jusqu’à la mort d’Alexandre Pétion, tenu pour responsable de la mort du frère) femme bafouée : Célimène, fille de Dessalines (ayant per du sa réputation dans des relations sexuelles de jeunesse avec Chancy, neveu de Toussaint Louverture.) femme cassecou : Mariella (qui prise de transe, grimpa en 1970,le poteau d’environ 150 mètres de hauteur qui servait d’antenne aux téléphones cellulaires de l’époque réservés à l’armée et aux grands commis de l’état). Femme kanson fè : Michelle Benett-Duva-lier, Femmes artistes : de l’Arawak, Ana-caona jusqu’à Emeline Michel en passant par Lumane Casimir, Ti-Simone, Martha Jean-claude, Toto Bissainthe, Carole Démesmin, Fédia Laguerre, Farah Juste.
Les femmes des plus grandes nations démocratiques envient no s haïtiennes qui peuvent se vanter d’avoir été: Mme Wooley, premier ministre; Ertha Pascal Trouillot, présidente de
la République. Nous ne mention-nons même pas les ministres ou secrétaires d’état ni les directrices de toutes sortes. L’une des principales raisons du succès des femmes dans la société haïtienne, réside dans la pratique du vodou. Notre religion nationale place l’homme et la femme sur un même pied d’égalité, contrairement à d’autres qui prétendent qu’« il arrivera un temps où celles qui meulent s’arrêteront de moudre, et ceux qui regardent par la fenêtre ne regarderont plus par la fenêtre».
Dans la société haïtienne, les rôles sont partagés entre hommes et femmes, comme ce fut le cas dans les so-ciétés occidentales d ’avant les 2 guerres mondiales, partagés non pas hiérarchisés. Il y a une femme qui entre toutes,a vécu l’essentiel des cinquan te premières années de notre histoire à l’ombre des pères de
la République. D ’une discrétion exemplaire, son influence n’a eu d’égale que son silence. Connaissez-vous : Joute Lavenais ?
Joute est la mère de Célie Pétion, fille d’Alexandre Pétion. Au temps de la conquête de l’indépendance de Saint-Domingue, les mœurs coloniales étant ce qu’elles étaient, joute et Pétion vivaient sous le même toit san s être officiellement mariés, on disait à l’époque et l’on dit encore en Haïti, qu’ils vivaient dans le plaçage. La naissance d’Haïti, puis de la république d’Haïti n’avait rien changé à l’affaire. C’est dans ce contexte, que Dessalines voulant souder l’union des noirs et des mulâtres par les liens du mariage, quitta la capitale d’Haïti, à l’époque Marchand, dans l’Artibonite, pour venir à Port-au-Prince, inviter Pétion à épouser sa fille, Céli-mène,afin de sceller l’union des deux castes majoritaires du pays, celles qui s’étaient unies pour mourir ou vivre libres…Et Pétion refus a l’offre. Aucun chroniqueur de l’époque ayant rapporté ce fait, ne nous a donné les arguments avancés par Pétion pour justifier son refus. Par contre, ce que l’on sait, c’est que l’Empereur estima qu’il s’agissait là d’un acte raciste( le mulâtre venait de refuser une négresse pure souche). Sur le chemin du retour vers Marchand, tous les mulâtres croisés par Dessalines ont connu les pires moments de leur vie. Ce n’est qu’une fois dans sa capitale, que le chef de l’état apprit l’histoire des relations de Célimène et de Chan-cy, neveu de Toussaint, qui ont vécu une trépidante histoire sexuelle pendant les guerres pour l’autono mie … Et Pétion le savait.
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