L’expression notoire de l’art haïtien de l’antiquité, c’est-à-dire de la période anté-coloniale, quand cette île s’appelait encore : Haïti Boyo Kiskeya, fut et demeure la poétesse et chanteuse, on dit SAMBA, Anacaona. Elle périt en mer, dans le naufrage du bateau espagnol qui devait l’emmener en Espagne, afin de montrer des spécimens capturés dans les terres sauvages, au roi Ferdinand et à la reine Isabelle, la catholique.
C’était donc une femme. De cette période, parmi les artistes, seul son nom traversa le temps pour arriver jusqu’à nous au 21ème siècle. Elle est connue de tous les haïtiens d’aujourd’hui. Léogane, sur le versant sud de Port-au-Prince, est dite la ville d’Anacao-na. Ce fut la capitale de son caciquat(royaume), qu’el le avait hérité de son frère vaincu et tué par les conquérants espagnols. Le terme « samba », est lui aussi passé dans le langage haïtien. Il qualifie tout chanteur improvisateur des chants vodou, des groupes rara, ou tout individu n’ayant pas bénéfi-cié d’une formation musicale à l’européenne mais chantant jus te et sachant improviser.
Une autre femme, de la période haïtienne cette fois, a connu une extraordinaire notoriété au début de la seconde moitié du 20ème siècle, Lumane Casimir. Elle est morte dans le désoeuvr ement le plus absolu,mais a fait et continue de faire des émule s qui ont repris ses chansons, qui en parlaient et en parlent en-core avec envie. Ces héritières furent des gens telles Toto Bis-sainthe ou Martha Jean-Claude, mais aussi : Fédia Laguerre, Carole Démesmin, Farah Juste, Emeline Michel, etc.
A part Anacaona, toutes ces femmes précitées chantent le fol klore haïtien. C’est-à-dire les rythmes et les chants vodou ou très proches d’eux. Certaines, sans doute par éducation, y ajou tent de la variété haïtienne : mélangeant les intonations vodou, des paroles moins plaintives, moins priantes, à la variété française.
Signalons au passage, que le micro est accessoire à ses stars,el les pourraient s’en passer et s’en passent allègrement sans perdre ni la beauté, ni la justesse de leur voix. Elles ont du coffre.
Le kompa direk, nous l’avons déjà expliqué dans un dossier publié en octobre 2004 et qui s’intitulait:« le kompa direk, des origines à nos jours », est une musique haïtienne originaire et domiciliée à la capitale, qui suivit la strate sociale qui l’avait initiée dans la diaspora. C’est une musique urbaine, métisse, créée à partir du merengue et jouée avec des instruments occidentaux, dans les normes (généralement) du solfège.
Il y a une curiosité de cette musique qui nous interpelle ici, aucune femme n’arrive à devenir star dans le kompa.Qu’elle soit instru-mentiste ou chanteuse, aucune. Elles ont essayé. Il a existé des groupes composés uniquement de femmes, des cho-ristes sont pléthores, certaines doublent la voix ou dialoguent avec le chanteur, des solistes (Sheila, Misty Jean etc.) ont tenté leurs chances. On ne peut pas dire qu’elles soient mauvaises, mais… Il manque un truc, un je ne sais trop quoi.
Considérons les chanteurs stars du kompa, aussi bien les ini-tiateurs que les générations actuelles, sans être exhaustifs:Cub ano et Zouzoul des skah shah, Shoubou du tabou combo,Ti ma nno, Ti Chris du volo-volo, Max Lavlanet de Djet-X, Isnard Douby du Système Band, Larose de missile 727, Roberto de T Vice, Freddy de Top Vice, Sweet Micky, Gracia Delva de Mass kompa, Michael Guirland de Carimi, etc. Il ne sont pas tous dans la même catégorie de voix: Lavlanet et Roberto sont baryton-Martin, Zouzoul et Douby sont baryton, Ti-Manno et Guirland sont soprano, etc. Mais à la base, ils ont tous la voix virile. Les voix fluettes ne mar-chent pas dans le kompa. D’ailleurs je n’en vois aucune de notable.
Cela n’explique pas tout. Ni Mysty Jean, ni Sheila, quoique des femmes, n’ont la voix fluette.
Rassurez-vous, je n’ai aucune explication du constat que je fais, pas le début d’un rêve de solution. Mais vous convien-drez, que c’est quand même particulier:dans ce qui régit le chant haïtien de base, les femmes font preuve d’excellence. Ailleurs, elles sont inexistantes. Elles sont mêmes meilleures que les hommes, en tout cas plus nombreuses, dans le folklore, puisque ce n’est que maintenant avec le nettoyage des couches supérieures de notre société que quelques voix d’hommes ont percé dans le folklore, dans la musique dite « RASIN ».Avant, on en connaît pas. Cela voudrait-il dire que les hommes sont plus facilement aliénables que les femmes ? Nos femmes se-raient elles les gardiennes du temple ? En dehors d’elles, l’haï-tianité serait elle vouée à disparaître ?
On constate de nos jours, qu’elles sont majoritaires parmi les prêtres vodou, en tout cas si elles sont minoritaires, ce serait une minorité activiste, plus bruyante. Mais, il est dit que dans le vodou, l’équité est parfaite entre les deux sexes, nous le con testons ici. De l’aveu même des mambos, certaines opérations mystiques exigent l’intervention d’un homme. « Sé on travay gason » disent-elles. Il est couramment admis que beaucoup de prêtres vodou couchent avec leurs fidèles. Parmi les prêtresses, certaines aussi couchent avec leurs fidèles, non pas les hommes, mais les femmes, dans une relation de dominant à dominée. Si la femme subit les affres de l’appétit sexuel du prêtre et de la prêtresse dans des rapports sexuels, elle est donc dominée. Ce qui annule la notion d’équité.
Les femmes sont donc inférieures hiérarchiquement dans la pratique, mais se rattrapent dans l’expression artistique tradi- tionnelle, en se faisant dépasser dans les arts métis… C’est un casse tête chinois.
En l’an 205 de la proclamation de notre indépendance nationale, je souhaitais juste livrer ce constat à votre réflexion.
Etwal Desmangues
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La résurgence des vieux orchestres kompa.
Il y a en Haïti une tradition de groupes musicaux qui sont de véritables institutions. Ils peuvent certes passer de mode, mais ils sont increvables. Ils sont généralement étroitement liés à la ville où ils ont vu le jour. C’est le cas par exemple de la ruche de Léogane, des Jouvençaux et Invincibles de Jacmel, des Diables du rythme de Saint-Marc, de Volcan des Gonaïves, etc.
On en trouve pas à Port-au-Prince. En tous les cas, je n’en connais pas personnellement. A la capitale, les groupes se défont allègrement.
A la fin de l’année 2008 qui semble se prolonger en ce mois de janvier, une kyrielle de zombies musicaux haïtiens des an-nées 1970/1980 ont envahi le marché martiniquais. Leur résurrection est totalement inconnue en Haïti, et les haïtiens de passage s’en étonnent. Tant mieux si leur retour donne un peu de bon temps à des nostalgiques martiniquais et du travail à quelques papis musiciens haïtiens.
Quand j’étais gamin, ma mère habitait dans le voisinage de Nemours Jean-Baptiste. Son orchestre répétait sur un grand bal-con qui surplombe la large rue centrale très passante de la cité Manigat. Dans les années 1960, il y avait toujours foule en bas dans la rue, face au balcon, pour suivre les répétitions de l’orchestre. Dans les années 1970, pas même un seul badaud, vrai ment pas un seul, ne s’arrêtait plus. L’orchestre ne jouait nulle part en Haïti. Mais Nemours continuait à partir jouer en Martinique… Nul n’est prophète en son pays. F. M.