.Allez savoir si au temps de Cro-Magnon, il n’a pas existé une nation, un peuple, une tribu, une famille ou un simple individu régnant sur les hommes connus de son espace reconnu ! Cela sonne comme une idée farfelue, iconoclaste. Mais qui peut prouver le contraire ? Les temps historiques pullulent d’exemples de peuples ou d’individus conquérants militairement ; de groupes et d’hommes ayant mar-qués, révolutionnés leur époque culturellement, scientifiquement, etc. Certains sont connus par leur nom, d’autres uniquement par leur œuvre. Le grand nombre disparaît souvent sans que la découverte qui aurait dû nous apporter la preuve de leur passage en ce bas mon-de leur soit attribuée. Quelques uns sont identifiés pour des réalisations mineures parce que leur grande œuvre n’a pas été connue avant que d’autres n’aient redécouverts la même chose et s’accaparent de la gloire sous prétexte de primeur, fausse, en ce cas. De tou-tes les façons : « novus nihili sub sole » disent les philosophes ; la bible le dit aussi.Si « rien n’est nouveau sous le soleil », c’est donc le statu quo depuis la nuit des temps et il le restera jusqu’à la fin. Mais alors, pourquoi diable certains s’évertuent à faire croire qu’ils sont les auteurs de changements cycliques, de révolutions sociétales, d’avancements de l’humani té ?
J’ai assisté à la conférence d’un égyptologue ou quelque chose de cette mouvance professionnelle, un africain de grande culture dit-on,formé à l’école occidentale, Mr. Téofilo Obenga,qui disait, que nous (les noirs) sommes un peuple faible. Nous aurions mê me de la chance, selon lui, puisque d’autres peuples faibles(les amérindiens) ont disparu ; nous avons réussi à subsisté. C’est donc la preuve, selon mr. Obenga, de notre intelligence de peuple, de notre capacité à nous adapter. Toute la question est de savoir si un peuple qui n’a pas laissé de trace figure dans le grand livre, tout au moins, y aurait-il sa place ?
Des historiens, généralement noirs, prétendent que certaines dynasties pharaoniques de la glorieuse E-gypte auraient été noires. Que Moise, voire tous les descendants d’Israël sortis d’Egypte, le fussent aus-si. Franchement ! En supposant qu’ils disent vrais, qu’ est-ce que cela nous apporte t-il en 2009 ?
Depuis la découverte de l’Amérique, les européens dominent le reste des peuples. Les jaunes, chinois et japonais, disputent la suprématie aux américains d’ aujourd’hui. Les noirs aux cheveux plats,les hindous se targuent d’un glorieux passé et se frayent un pas-sage concurrentiel de l’occident après des décennies de soumission aux anglais. Même les rouges, aztè-ques et Mayas par exemple, ont laissé un patrimoine évident, indiscutable.
Et nous ? Nous revendiquons notre salaire de manutentionnaire dans l’édification de l’occident. Un poste de caporal dans le sous occident, pour forcer nos frères à l’obéissance. Nous appelons cela, l’intégration.
Les états généraux à la Martinique et les haïtiens
11/05/2009 16:26
Impulsés par le Président de la République française, Mr. Nicolas Sarkosy, Les états généraux vont bon train à la Martinique, notamment, no-tre portion de France, pour tous les haïtiens naturalisés français résidant dans ce département. Une fois de plus, ce n’est pas notre débat. Mais nous sommes concernés.
Nous n’avons pas été pris en compte dans cette affaire, nous ne le se-rons sans doute pas. Il est pourtant vital que nous y participions, car nous sommes coincés entre le marteau et L’enclume. D’une manière ou d’une au tre, il nous faudra en sortir. Notre droit de vote fait que les naturalisés soie nt considérés comme des compétiteurs par les autochtones. Il suffit de pren dre pour preuve l’arrogance et les basses manœuvres dont nous sommes victimes quand il nous faut renouveler nos documents administratifs.
D’un autre côté, nous n’avons droit à aucune représentation singuliè re dans ce débat. En tant que français, nous ne pouvons qu’être mis dans le même panier que tous les français non autochtones d’ici. Ce qui ne nous dispense pas du devoir de rappeler à nos représentants légaux et finalement naturels, les spécificités de notre sous groupe.
Les natifs d’ici incitent pour notre départ, voire le réclament. Je doute fort qu’en cas de départ obligé, bien que ce ne soit pas à l’ordre du jour, nos compatriotes des climats tempérés nous embarquent avec eux pour aller vi-vre en Bretagne, dans l’Aveyron, dans le Limousin ou ailleurs chez nous, en France, avec eux.
Français de l’étranger ou compatriotes papillons : Quel dilemme ?
Il n’y a pas que les haïtiens naturalisés ici. Il y a aussi les rési-dents. Nous n’avons aucune donnée statistique sur le sujet, mais il nous semble, de visu, qu’il s’agit là de la composante la plus nombreuse de notre fraction communautaire. « Eux », devraient être représentés par le Consulat Général d’Haïti, c’est-à-dire qu’ils sont mal barrés,pas en meilleure posture que nous. Nous leur suggérons de rappeler à l’état français qu’ils sont ici sous sa protection et que leur droit de résidence en est tributaire.
Finalement, notre association, naturalisés et résidents, paraît couler de sour -ce. Et pourtant, ce calalou a des os.
En conclusion, les haïtiens, résidents et naturalisés français, doivent faire attention à ce qui se décidera dans les«états généraux » afin de parer à tou-tes dérives décisionnelles dont ils pourraient en être les victimes. S’il y en a qui veulent s’en aller, bon vent ! Mais ceux qui resteront, doivent être prêts à se défendre dans toute la profondeur et la largeur des lois régissant la République française.Albert Bertili
S'il n'en devrait rester plus qu'un, ce ne sera point moi
05/02/2009 16:46
Je suis français naturalisé, je ne cesse de le répéter dans ce journal. Ce ne fut pas un choix délibéré de ma part, j’en ai hérité qu and j’étais adolescent par ma situation familiale. Je me suis même débattu de toute la force de mes 15 ans pour en échapper M ais, une fois que cela m’a été imposé, je me suis fait une raison Après tout, j’ai du sang français(blanc) dans les veines, le français est ma langue de berceau, imprégné de la culture française dès l’enfance : je suis un francophile convaincu.
Les droits et privilèges que me confèrent ma nationalité française, supposent aussi des devoirs. Je n’ai jamais été attiré par l’ art de la guerre, mais une fois mes dix-huit ans atteints, je me suis sans état d’âme fait recenser pour mon service militaire. Dans ma tête, j’ai toujours été prêt à mourir pour
la France
Je
ne crois pas comme d’autres que je braverais volontairement le s flots pour aller en Europe défendre la mère patrie, mais si l’or dre m’en était donné, cela ne me poserait aucun problème… Et si la portion de France où je me trouve était directement envahie, je n’aurais besoin d’aucun ordre pour qu’« un sang impurabreuve nos sillons ».
D’un autre côté, je suis haïtien de naissance et de parents ; cela m’a été imposé par la nature. Mais vous qui lisez même occa sionnellement ce journal, il ne peut vous échapper que je suis haïtien de toute mon âme, du moindre éon des gouttes de sang coulant dans mes veines. J’appartiens aux peuples noirs, si je n’avais pas été haïtien je m’en serais naturalisé. Depuis la dé-couverte de l’Amérique, de tous les peuples non blancs, il n’y a que l’haïtien qui vaille. J’ai connu un monsieur à Ste-Thérèse qui avait dérobé le mouton d’un voisin et pour le camoufler, il l’avait peint en rose. Les policiers dépêchés sur les lieux étaient fort amusés, il ne leur a fallu que d’un saut d’eau pour élucider l’affaire. Je suis pareil à ce mouton peint en rose,quelle que soit la couleur de mon pelage, ma nature demeure une évidence.
Il y a cependant des caraïbéens qui croient qu’on ne peut reven diquer son appartenance à un pays qu’en y vivant. Il y en a d’ autres qui apeurés par la concurrence, ne souhaitent pas la présence d’originaires d’ailleurs dans leur giron. Tout prétexte est bon pour extirper les exogènes de leur champ surtout s’ils n’acceptent pas, les exogènes, de subir leur égide. Souvent d’ailleurs ces deux groupes n’en font qu’un, en tout cas comptent de nombreux membres en commun. Alors la division fait rage, c’est la chasse à l’exogène, tous les coups bas sont permis. La violence essentiellement verbale est permanente, l’hypocrisie est immanente, l’identi-fication devient culture générale, la poussée au dehors une nécessité.
Ces sports sont à la mode. En Guadeloupe, la situation est fort tendue. Le martiniquais, d’un naturel plus conciliant, veille au grain,entreprend des actions subreptices, mais a le contact moin s rugueux. En Haïti, ce n’est pas l’étranger qui est l’ennemi. C’ est plutôt le frère parti qui essaie d’y revenir. Le sédentaire en plein dans le déni de soi, essaye de s’identifier à celui qu’il considère comme le pourvoyeur, non pas pour qu’il soit bien chez lui, mais pour l’aider à quitter le pays. Dans toute cette histoire, c’est l’haïtien déraciné qui paie les pots cassés. En Guadeloupe on lui fait clairement comprendre qu’on ne veut pas de lui ; en Marti-nique à chaque fois qu’on reste quelques temps sans voir un haïtien, c’est qu’il est parti définitivement en France métropo-litaine ou en Guyane. En Haïti, on demande au revenu quand est-ce que tu retournes dan ton pays ? C’est où mon pays ?
Jean Dérosier-Desrivière est un haïtien arrivé en Martinique comme étudiant boursier, dépêché par l’école normale supérieu re d’Haïti. Sa décision a peut-être été prise avant, mais ce n’est qu’une fois les pieds posés en Martinique qu’il l’a rendue pu-blique, il ne retournerait point habiter en Haïti. Après tout, c’est son droit. Cela n’empêche pas qu’il ait profité du système pour le bafouer. Car le but de ces bourses est de former des jeu-nes pour remplacer les cadres déportés anciennement d’Haïti. Ayant déclaré la permanence de sa situation de doctorant, l’édu cation nationale lui attribua un poste de pion, pour justifier ses émoluments. Ama-teur d’art dramatique pour lequel il a démon-tré quelques talents, journaliste pendant l’année2004 quand France-Antilles Martinique lui avait, avec d’autres choisis par lui, accordé un espace pour parler d’Haïti (mais ilsn’avaient rien à dire). C’est un gentil garçon, un gentilhomme comme on disait dans l’ancien temps. Pour la rentrée 2008, Jean n’avait plus de place à l’éducation nationale, sa principale source de revenus. Il est parti en France métropolitaine. J’ai su qu’au mois d’octobre il était de passage à
la Martinique
en tant qu’artiste, invité par l’association des haïtiens de
la Martinique
pour célébrer l’ anniversaire de cette association dans un cadre feutré, entre gens de bien, invités triés sur le volet: notamment des marchan ds ambulants, des gens de maison, des travailleurs du bâtiment et d’autres débrouillards; dans les salons du stade Pierre Aliker, à Dillon. (Hé oui, c’est écrit dans la bible, les premiers seront les derniers). Son séjour payé par l’association. Voyez-vous ? Ilne veut plus remettre les pieds en Haïti, mais ne peut se passer des haïtiens pour exister voire simplement vivre. N’allez pas croire que j’ai quoi que ce soit contre Jean, nous avons eu des rapports cordiaux quand il était ici, il devait même publier des articles dans ce journal initialement. Ce n’est que lorsque son compère, pressenti comme correcteur du journal, a reçu le texte éditorial que je lui ai envoyé pour correction, le lui ayant sans doute fait lire, les deux ont pris peur et la poudre d’ escampette :J’ai écrit que mes compatriotes avaient été désormais domestiqués ici.Il n’était pas question et il ne l’est toujours pas pour ses mes-sieurs, de s’associer à une quelconque démarche aussi peu re-vendicatrice soit elle, en faveur de la partie basse de notre com munauté . YO VOYE-W ALE KAN MENM !
Moi aussi, je m’en irai l’un de ces jours. Le plus tôt sera le mie ux. J’irai là où l’on me dira : quand est-ce que tu retournes chez toi ? A cette question,je sourirai. Je répondrai qu’on me prépare déjà quelques grosses pierres dans l’océan, J’attends simpleme nt qu’on ait fini de les empiler pour y aller. Mais je serai déjà chez moi. Je rappellerai à ceux qui me questionnent, cette dispo sition de la constitution de l’empire : « Tout noir foulant le sol d’Haïti est haïtien et libre ». Je n’y mourrai pas de faim, le tuteur est déjà à l’œuvre pour éradiquer ce funeste aspect de la situation. Je pourrais être kidnappé, peu être tué par des voleurs, ou pris entre deux feux de bandits armés ou de policiers contre trafiquants. Comme le chantait jadis sieur lepen de la cocoterai e : «c’est peut être mon destin ». Mais quand je mourrai, de mo rt violente, de maladie ou de vieillesse, je me présenterai à mon créateur debout Il n’aura point honte de moi, n’aura pas à re gretter de m’avoir fait naître homme. En homme j’aurai vécu, homme je m’en irai. Homme, c’est-à-dire libre et responsable.
Et toi, mon frère! Tu peux regarder ta face dans le miroir ?
Quand je serai chez moi, cependant, Je regretterai de donner l’impression à certains ici de m’avoir eu, moi aussi. Car person ne n’arriverait à me déchouquer, sinon les pieds devant, si j’a-vais choisi de vivre ici. Ni les gardiens du temple, ni les h de petite vertu. Je serai néanmoins joyeux de laisser les luttes cola térales, les batailles de profundis à l’horizontale, les règlements de compte de l’abîme obscur, des fonds abyssaux. Oui mon frè re, je pleurerai de regrets de t’avoir laissé dans l’aveuglement de ton être, dans le caniveau de tes pensées méchantes, dans l’ inconscience de ton humanité. Homme tu pourrais être toi aus si, si j’avais su te montrer la voie qui conduit à la lumière. Mais je dois constater que telle n’a pas été ma mission à tes côtés. J’ai pourtant dit que la lumière soit, mais la lumière n’en fut point. Car tu n’as pas voulu ouvrir les yeux. Pourtant au-dessus de toi, c’est un soleil de midi. Que veux-tu ? La réussite est à Dieu.Fanfan Mahotière
Aux commentaires du journal télévisé de KMT, le 13 janvier dernier, Camille Chau-vet, mon seul collègue militant de l’information à
la Martinique
, a eu des propos complètement hermétiques, ésotériques, parfois inaudibles sur l’affaire Francky Joseph, un haïtien victime de brutalités policières divulguées par la presse. Nous l’avons écouté plusieurs fois, sur KMT et FM+, Nous n’avons rien pu comprendre. Il nous a semblé deviner qu’il souhaiterait reprocheraux haïtiens d’ici, leur faible participation à la manifestation qui s’est tenue le lundi 12, pour protester contre la brutalité de l’intervention au domicile du ressortissant haïtien. C’est donc sur quoi nous réagissons.
Cher collègue, loin de moi l’idée que vous seriez un ami de la communauté haïtienne en Martinique, vous auriez cependant raison si l’extraction que je crois effectuer dans vos propos est juste : « Les haïtiensdoivent se prendre en mains pour se défendre, l’appui de leurs amis martiniquais sera alors plus efficace. Ils n’étaient pas assez nombreux àcette manifestation ». Le H! applaudit ses propos de toute sa force.
Cependant, permettez-moi de vous donner quelques justificatifs à ce fait :
1)Les brutalités policières contre les haïtiens sont monnaie courante en Martinique. Si elles ne conduisent qu’exceptionnellement jusqu’à l’hôpi -tal, kalot ka tonbé kon kann.
2)Nos femmesont été pourchassées à coups de pieds, finalement chassées de la rue de
la République
, les municipaux s’y sont donnés à cœur joie. J’ai personnellement, en ce temps-là, interpellé Catherine Conconne sur le sujet après une conférence que vous-même avez présentée à la bibliothè-que Schoelcher, elle m’a clairement fait comprendre que tous les moyens sont bons contre ceux qui résistent aux règlements dictés par le maire. J’en ai aussi parlé à Mr. Raymond Saint-Louis Augustin, le 1er adjoint du maire de F-de-F, au cours d’un vernissage au François.
3)Dans certains quartiers, des autochtones, citoyens lambda,se prennent à nous sans raison, nous frappent sans que nous réagissions. Quand d’au-tres autochtones, outrés, appellent la police qui vient, certains policiers déclarent qu’ils n’arrêteront pas des martiniquais pour des haïtiens. En-core heureux que le SAMU emmène les victimes à l’hôpital.
4)L’association des haïtiens de Ste. Thérèse a connu l’enfer parce qu’elle pro testait devant les tribunaux des abus policiers et des tribulations illégales de certains fonctionnaires du service des étrangers de la préfecture. Au -jourd’hui elle refait surface, contrôlée par des penseurs autochtones, des faux amis.
5)Les consuls haïtiens s’occupent de tout à l’étranger, sauf de la protection et de la défense de nos ressortissants. L’ « élite » de notre communauté est frileuse, elle se cache derrière ses papiers d’identité français. Elle laisse tomber les plus faibles. Ceux-ci n’osent pas se regrouper et se montrer, sé tèt ki mennen kò.
Les haïtiens ont été peu nombreux à lamanifestation, parce que chacun craint d’être à son tourla cible de la violence. Les frères qui nous soutiennent,protestent quand nous sommes frappés, mais le coup que nous avons reçu ne risque d’être ni vengé, ni dédommagé. Croyez-moi collègue! vous faites bien de nous défendre vous-même, car vos policiers ne font que s’entraîner sur nous, pour régler votre compte le moment venu.Fanfan Mahotière
Janvier est en train de se terminer. Janvier, mois de la résurrection du vieil homme décapité, enterré le 18 novembre 1803, réincarné en nourrisson malfamé le 1er janvier 1804.
Des populations diverses ont été transportées, déportées, conglomérées sur des îles généralement entières. De même que tous les fruits d’un même arbre n’ont pas le même goût,toutes les populations venues d’Afrique, agrémentées d’originaires d’autres continents, pla-cées dans les îles de la caraïbe n’ont pas eu la même trajectoire; malgré qu’elles soient vouées à la même destinée, tendues vers les mêmes objectifs, le même but.
Le XIXème siècle caraïbéen a été libérateur. Partout, les populations ont été sorties de l’esclavage, certaines sont devenues des na-tions. Mais rendu à la nature sauvage, n’est pas toujours synonyme de liberté. Le terrain gagné par le prédateur n’est jamais reconquis. L’espace est seulement différemment organisé. La corde cassée n’a autorisé qu’à tourner en rond, le développement est contrôlé, il faudrait monter, c’est le plus difficile. Haïti fut l’une des rares colonies de
la Caraïbe
placées sur un territoire partagée entre deux maîtres différents. Sur notre portion d’île : nous avons fermenté. Notre conglomérat d’hommes transformé en une nation pestiférée.
Du gouffre, nous étions remontéssur le sol, nous avions conquis le droit à la lumière, aux rayons dusoleil vivifiant, régénérateur. A force de paresse, la lumière qui devait nous éclairer nous a ébloui, elle nous a rendu aveugles.Nous ne poursuivions pas l’ob-jectif primaire de la race humaine : la maîtrise de notre environnement, du plancher jusqu’au plafond. D’autres se sont substitués à nous. Ils nous ont rendu inférieurs, nous ont dominé. Domestiqués, nous avons été étudiés, décortiqués, disséqués, nos secrets découverts. Com me des organismes génétiquement modifiés(OGM), nous avons transmutés, notre gêne de reproduction enlevée de notre semence dé-sormais stérile, sénile. Tous les caraïbéens sont dans ce même panier.
Mais oui, mon frère!si lestrajectoires n’ontpas été les mêmes, à l’arrivée cependant, toutes les populations de la zone connaissent le même sort : la trans-mutation de l’humain au canin.
Prouvant par l’inertie au XIXème que nous, caraïbéens, n’étions pas dignes de la liberté conquise, souvent offerte; Au XXème siècle, contrôlés, nous avons été modifiés:les producteurs sont devenus consommateurs, les cultivateurs des cueilleurs, réception-nistes, des pots.
Avant, chaque individu devait jouer des coudes pour se frayer un passage, s’appuyer pour monter.
Comme les oiseaux du ciel, nous avons confondus quête de nourritures avec vie. Nous avons passé no-tre temps à glaner les grains par-ci par-là, au jour le jour, à chaque jour suffit sa peine dit l’adage. Les yeux fixés sur notre ventre, nous n’avions pas de frères, ni de congénères. Il n’y avait que moi et le jalousé. La tête a déchiqueté le corps. Les dents ont con-fondu la langue avec la viande. Nous nous sommes débarrassés de nos propres membres, automutilés. Devenus infirmes, nous ne pouvons plus participer à l’évolution de l’humanité, nous quémandons l’aménagement nécessaire à la facilitation de la mobilité de l’handicapé. Un homme est un homme, disons nous ; sans bras, sans jambes, sans yeux : Homme.
Dans notre définition d’homme,aujourd’hui, nous avons éliminé toute notion de LIBERTE et de RESPONSA BILITE. La liberté hu-maine, suppose aussi, le droit à cr ever de faim, si on est pas capable de générer les moy ens de sa propre subsistance, ne serait ce que par géné ration interposée. A une autre époque, cela faisait par tie de la sélection naturelle. C’est vrai qu’en ce temps-là, on vivait autrement. L’économie telle qu’on la défi nit aujourd’hui n’existait pas encore, le soutien au plus faible n’était pas source de confort voire d’enrichissement.
J’ai parlé d’infirmité plus avant, alors qu’il s’agit de taxidermie. Nous avons été empaillés. Pas zombifiés, le zombi n’est pas visible par tous. Notre apparence n’a pas changée, quoique. C’est plutôt notre cerveau qui a été remplacé par un petit moteur, nos mouve-ments sont devenus raides comme ceux des robots.
Ne voyez pas de l’amertume dans ces propos, je ne suispas amer, je ne sais pas l’être. N’y décelez surtout pas de la subversion, j’acquiesce de ma domination.
Je fais ici de l’archéologie présomptueuse. Je dis pour que les chercheurs dans le futur, si j’y arrive… on ne sait jamais, sachent que si nous avons subi, nous n’étions pas dupes.