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H sa ka fèt

VIP-Blog de hsakafet
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  • Créé le : 14/04/2007 23:58
    Modifié : 11/05/2009 16:31

    Garçon (40 ans)
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    Dessalines, père de la nation haïtienne

    25/10/2007 20:11



    Trimestriel N°3 H! 26 - octobre 2007

    Dessalines,

    Père de la nation haïtienne

    Ce 17 octobre 2007, marquait le 201ème anniversaire de la mort de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, père de la nation haïtienne. Des historiens actuels, négationnistes de l’histoire d’Haïti, soutiennent que Jacques 1er n’est que la suite de Toussaint Louverture. Voulant signifier, que l’indépendance était la suite logi que après l’échec de la tentative d’autonomie. J’aurais pu mépriser cet argument, me dire: les pauvres, ils n’ont décidément rien com pris! Ce serait faire leur jeu, car ils savent très bien, ils ont très bien compris. Ils sont seulement de mauvaise foi. Ils sa vent que leur dire sont sinon totalement faux, au moins forte-ment galvaudés. Ils outrepassent leur rôle qui est de rapporter les faits tels qu’ils se sont passés,et non pas de les raconter selon leurs intérêts politiques actuels, ou ce dont ils croient être leurs intérêts. Quelle est la réalité historique ?

     

    Toussaint Louverture se bat, pour se mettre à la tête du soulèvement des esclaves et ainsi le contrôler aux profits de la classe des grands propriétaires, les colons absentéistes. Mais il est isolé au milieu de trois (3) ennemis irréductibles :

    1) Les colons domiciliés et les fonctionnaires de la colonie.

    2) Les mulâtres, tiraillés entre la défense de leurs héritages paternels non homologués, les idées républicaines dont ils se sentent les tenants par assimilation avec la bourgeoisie métropolitaine de laquelle ils se considèrent des membres naturels de par leur éducation et leur base noire d’où est issue leur famille maternelle dont Tous-saint leur dispute le leadership.

    3)Les nègres bossal éparpillés dans les bois, avec un embryon d’organisation sous la houlette de Lamour Déran ce et de Lafortune, héritiers du Cacique Henry qui dirigent le groupe des nègres marrons vivant dans les monta gnes du Bahoruro.

     

    Toussaint va tacher d’écraser les noirs en commençant par Bias sou et Jean-François Papillau, et en obtenant la neutralité des nègres marrons du Bahoruco. Il s’attaquera ensuite aux mulâtres d’abord par ceux du Nord(affaire Villate,1794)avant d’aller contre ceux du Sud(guerre du sud :1799-1800)plus nombreux et plus puis sants. En même temps, il se débarrassera des fonctionnaires dangereux l’un après l’autre, en s’appuyant sur les dissensions entre les blancs partagés dans les camps républicains, monarchi stes totalitaires ou constitutionnels. Les commis de l’état envoyés à Saint-Domingue se retrouveront souvent bombardés députés, représentants la colonie en France. Il s’appuiera pour réaliser son programme sur tous les blancs à qui il devient indispensable, notamment les militaires et sur les émigrés de la premiè re heure qu’il va faire revenir pour les replacer dans leurs droits terriens, décision éminemment anti-mulâtre.

    Il va échouer pour les raisons suivantes :

     

    a) Les colons absentéistes réunis au sein du club Massiac, à Pa-ris, revendiquent l’indépendance pleine et entière de Saint-Do-mingue, afin de garder intacts leurs droits et privilèges d’avant juillet 1789, sans menaces républicaines ou de monarchie cons titutionnelle.Avec Toussaint à la tête de la colonie, les pouvoirs des gérants se retrouvent renforcés, rendant les propriétaires tro p dépendants, surtout en l’absence des fonctionnaires.

    b) Les mulâtres sont spoliés dans leurs intérêts matériels par le retour des blancs propriétaires de qui ils revendi quent l’héritag e abandonné, d’une part. La promotion d’une classe de noirs mi litaires venant renforcer les nègres à talent et domestiques qui les supplantent dans le gouvernement autonome de Toussaint, d’autre part.

    c) Les noirs se battent pour leur liberté totale et entière, rêvant d’une revanche après 300 ans de joug esclava giste, ils ne sont pas disciplinés et ils n’ont surtout plus envie de travailler dans les champs; ce à quoi les oblige le régime autonomiste.

    d) Même ceux des blancs sur place qui ont dû s’associer à Tous saint,pour préserver l’essentiel, ne l’ont fait qu’en attendant des jours meilleurs, que la perfide Albion lève son maudit blocus et laisse passer à nouveau les troupes françaises. Avoir des égards pour un nègre, en 1801, ça n’a pu être commode.

     

    DESSALINES est dans une toute autre configuration, sa logiqu e ne peut être la même. Il est évident que le retour à l’esclavage est une conséquence logique de l’échec de Toussaint. Il sait ce qu’a fait Richepance en Guadeloupe. L’Empereur est un nègre des champs, il a connu les rigueurs de la production à outrance, il sait qu’il n’y a pas d’issue en dehors de la révolution. Il sait que si Toussaint a perdu les batailles contre les troupes expédi tionnaires, c’est parce que les nègres ont trop hésité à l’arrivée des troupes de Bonaparte. Ils ne savaient pas s’ils fallaient com battre les français ou non, puisqu’on leur disait qu’ils étaient eux-mêmes français. Les blancs locaux étaient retournés dans leur camp naturel, les mulâtres vaincus en 1800 étaient revenus avec les blancs, les bossals de leur côté continuaient de se bat-tre en criant "liberté ou la mort". Si Dessalines rend effective ment et définitivement les armes, il ne pourra point jouir de la protection des bossals pour lesquels il est le traître (chef d’état ma jor de Toussaint) qui permit le régime autonomiste, néfaste aux nè gres, d’un côté et les blancs ne le protègeront pas, lui, l’ancien bras droit de Toussaint, de l’autre côté.

    Les mulâtres, dans les bateaux de l’expédition, se sont convain cus qu’un mauvais sort leur était réservé en cas de défaite des noirs. Ils seraient déportés à Madagascar. Ils se sont démenés pour faire savoir à Dessalines qu’ils étaient prêts à se soumettre à son autorité en cas de maintien du conflit.

    La situation s’était donc éclaircie par rapport à l’époque Toussaint : d’un côté il y avait les blancs pour rétablir l’esclavage et de l’autre, tous ceux qui avaient du sang africain, souhaitant échapper à un funeste destin. "Liberté ou la mort", avait un sens concret. En 1801, c’est un blanc,c’est-à-dire un humain porteur d’une tradition d’organi sation sociale réfléchie, qui porte au public les promesses du nouveau régime. Il sait d’où il vient et où il veut aller. Il est président de l’assemblée coloniale, il connaît le sens des mots : " Intérêt " " Economie " " échanges com-merciaux ".Si ce n’est lui,c’est certainement l’un de ses congénères le capitaine du bateau, l’éminence grise dont Toussaint n’est qu e le drapeau. Dessalines se bat pour la survie. Il n’a pas le tem ps ni les moyens de philosopher. Ou il tue, ou il sera tué. Sa seule échappatoire c’est le pays qu’il doit se constituer, en être le propriétaire pour avoir le droit de s’y cacher, pour ne pas redevenir esclave. La liberté qu’il revendique est primaire, anar chique, animale. Il la veut pour lui et pour ses frères. Plus ils se ront nombreux, plus ils pourront résister aux maîtres défaits qui ne manqueront pas de revenir. Avec l’énergie du désespoir, ils se battront. L’Empereur n’a pas de projet national, son seul but est de sauver sa peau. Henry Christophe a un projet, Alexandre Pétion en a un, Gérin fait des plans. Pas Dessalines, lui ne pen se qu’à vivre, tout bêtement vivre. D’autres peut-être moins en vue, avec moins de réussite ont des idées,des envies, peut-être des plans. Tous les efforts de Dessalines ne sont voués qu’à re-pousser les limites de la mort et profiter au maximum de la vie. Il ne succède pas à Toussaint, il ne prend le relais de personne, ni d’aucune idée. Seulement, en toute circonstance l’homme doit choisir la vie. Alors il a vécu jusqu’à ce que ses frères in-grats, lâchement, l’assassinent le 17 octobre 1806.

    Ralé ti chèz ba-w

    pou-w ranmasé kozé.

    H ! sa ka fèt, 12 éwos pou en an.

    Kalan-m plan-m.






    Gédé, un temps haïtien pour la transgression

    25/10/2007 20:03



    Trimestriel N°3 - H! sa ka fèt N°26 Octobre 2007

    Gédé, un temps haïtien pour la transgression.

    En fréquentant les peuples de la Caraïbe,on constate à l’évidence que l’haïtien emploie très peu de jurons, de "gros mots", en comparaison des autres populations de la zone.L’une des raison s de cet état de fait, c’est que nous sommes les seuls à avoir un jour spécial dédié à ces propos. Je dis un jour, alors qu’il s’agit en réalité des 1er et 2 novembre. Mais pour des raisons que je n’aborderai pas ici, certaines personnes reportent la manifes tation à plus tard, jusqu’à la 3èmesemaine de décembre. Dans ces cas là, cela ne dure qu’un soir.

     

    Martissant, au sud de Port-au-prince,il est neuf heures du matin Les rayons du soleil transpercent timidement une mince couche de nuages qui transpire pour laisser s’échapper un crachin.C’es t normal, nous sommes le premier novembre. De tout temps, une pluie fine a toujours arrosé cette journée. Nous sommes un peuple qui n’a pas peur des projectiles d’armes à feu, mais qui se met à l’abri à la moindre goutte de pluie. Aujourd’hui c’est différent, ces gouttes n’annoncent pas la pluie, "men yon ti sé ren ".Un groupe de jeunes, des adolescents mêlés à des jeunes adultes, entourent un monsieur d’une cinquantaine d’années ou plus. Ce type porte un pantalon noir et une chemise violette, il est ceint d’une bande de toile noire dont les deux bouts pendent sur son côté droit, des sandales en plastic de couleur noire aux pieds et un chapeau de laine, noire aussi, couvre sa tête. Il a à la main droite un bâton de bois gayac d’environ un mètre vingt (1m20) de longueur et vingt centimètres(20cms) de pourtour, verni en rondelles régulières claires et foncées. Il a un sac en paille, un makout, porté en bandoulière. Il porte des lunettes de soleil, avec des verres très sombres. Il tient un livre ouvert à l’envers dans la main gauche;les yeux rivés au livre comme s’il lisait pour de vrai, il récite une litanie de jurons, provoquant l’ hilarité de ceux qui l’entourent et l’écoutent. Il est sans doute analphabète, c’est un gédé. Sur son chemin vers le cimetière, il raconte les histoires de "grann Brijit ",de bawon samdi, bawon lakwa, bawon simitiè. Il consomme des alcools de fabrication locale qu’on lui offre, mais dans son sac il a au moins une bou teille de verre [noir, pour qu’on n’y voit point à l’intérieur ] duquel il peut aussi prendre un coup de temps en temps. Géné ralement, après sa lecture singulière, il réclame des gé krévé, des pièces de monnaie, en récompense de sa prestation. Les jeu nes ne lui en donnent qu’à conditions qu’il recommence la lita nie. Mais des adultes passant, lui en offrent volontiers.

    C’est le premier de la journée, il y en aura certainement beauco up d’autres: des hommes et des femmes, tous vêtus de violet et de noir,ils réciteront des litanies de jurons pour le plaisir de tou t le monde, enfants, jeunes et adultes,personne ne sera offusqué prémié ak dé novanm, sé jou gédé. Ils partiront des bas quartier s pour se rendre au cimetière intérieur de Port-au-prince pour un bon nombre, rendre hommage aux dieux de la mort en ce jour de la toussaint.Le lendemain, fête des morts, ils recommen ceront. Entre temps, la bamboche aura continué dans la nuit du 1er au 2, dans les hunfò publics(péristyle)ou à domicile, avec la participation des amis, des voisins, des passants, etc.

    Dans les quartiers aisés, s’il y a des manifestations, elles sont discrètes pour ne pas dire secrètes. Pas question pour ces chréti ens bon teint de laisser transpirer leurs racines vodou au su de leurs voisins,ce serait dégradant. Certains iront s’encanailler da ns les boites de nuit ou restaurants qui organisent la soirée gédé en spectacles pour adultes dévergondés, d’autres plus authentiq ues, iront directement chez des hungan et mambo réputés, ceux chez qui dont on sait que l’on retrouvera des cadres supérieurs, des directeurs de cabinet, des ministres, des militaires de haut rang et parfois le président de la République, lui même. Les bourgeoises qui n’oseront pas se rendre à ces manifestations pu bliques, feront semblant d’aller nettoyer ou simplement fleurir la tombe de leurs parents, certaines iront au marché dans l’es-poir de croiser un gédé sur la route, d’autres encore plus hypo- crites, les plus nombreuses celles-ci, iront à la messe du matin non pas dans leur église la plus proche, mais au centre ville ou dans un quartier populaire, car la manœuvre consiste à rencon trer des gédé. Ceux-ci seront sur les routes pendant toute la jour née, allant ou revenant du cimetière. Le soir venu, les festivités continueront dans les maisons,sous les vérandas, dans la cour pour les soirées privées. Tambour et chants grivois (pornogra- phiques) ponctueront la nuit. On mangera de la viande de cabri et boira ce que permettent les poches. Surtout, on aura vidé l’es tomac de tous les mots habituellement interdits. Le gédé,c’est-à dire la ou les personnes chevauchées par l’esprit, aura dansé, chanté, discuté avec l’assistance, collecté de l’argent.Il aura fait et recueilli des promesses,accordé des faveurs verbales,aura été le centre d’attention de tous les participants. Sa présence a per mis toutes les transgressions, il est la star des évènements. Il n’ a la crainte que des représentants de l’ordre en uniforme. Si l’ un de ceux-ci s’approche, il va se cacher.

    Le temps gédé, n’est pas le même que celui du carnaval. Il ne précède pas le jeûne, ou l’abstinence. C’est un temps récréatif, transcendé par la présence d’une divinité qui en est l’animatric e.C’est une transgression par représentation.Comme pour le car naval :il y a de la musique,de la danse,des chants, des stars, des spectateurs, des déguisements (l’accoutrement des personnes chevau chées par l’esprit, qui s’apparente d’avantage d’ailleurs à un uniforme)et des transgressions. Mais la psychologie du gédé est différente. Il n’ est pas donné à tout le monde d’être chevauché par un esprit, cela ne s’achète pas. Il faut être un oint choisi par l’esprit lui-même ou l’avoir reçu en héritage familial. A celui qui enfreint les règles et usurpe le rôle, on souhaite bien du courage à l’épr euve des piments confits dans de l’huile avec lesquels il faut se frictionner le corps, notamment l’appareil génital. Le gédé ne manifeste aucune violence, au contraire, quand il arrive que des individus tiennent des discours exagérément vulgaires,on a déjà vu des personnes en transe abandonner l’espace de la manifesta tion et se déporter dans la rue,plutôt que de les réprimander. La présence des homosexuels, masculins, est souvent un détona-teur de l’exagération. La foule autour du gédé n’est pas un élé-ment constitutif de la fête, elle n’est que spectatrice. Le gédé est là pour être fêté. S’ils sont plusieurs, souvent ils ne discutent qu’entre eux. C’est l’inconnu qui se présen te à l’identifiable. L’obscur qui s’éclaire en prenant possession du vivant. Si le vo cabulaire est sexuel, c’est parce que le sexe c’est la vie.Le gédé ne décrit pas le sexe ou l’acte sexuel, il ne fait que nommer l’ap pareil génital ou des parties du sexe en des termes crus que réfutent le langage quotidien Il ne raconte pas une partie de plaisir. Il pointe du doigt ce qui est important, indispensable à la trans mission de la vie. Divinité de la mort, le gédé est un hymne à la vie. Il est unisexe. Tout gédé est un papa gédé. Le pôle féminin n’est présent qu’à travers les nombreu ses références verbales à gran-n brijit.

    Le gédé est aussi fêté dans la diaspora haïtienne. Mais ici, son rôle d’exutoire est beaucoup moindre,c’est d’avantage une céré monie religieuse(vodou)fort souvent interrompue en Martinique par les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore saisi qu’à l’étranger, il n’y a pas de jour consacré aux jurons. Aux USA, le côté spectacle est mis en avant, en milieu fermé mais public.

    Il semblerait que le gédé soit une adaptation locale de la fête a méricaine, Halloween. C’est vrai qu’il y a des similitudes:le 1er novembre, les couleurs noire et violette,la marche à pieds, la mendicité. Mais le gédé, même importé et adapté,est un temps exutoire. Et si c’est une adaptation d’Halloween, c’est là une dé monstration de force de la culture haïtienne, capable d’ingérer et de digérer les apports extérieurs.

    0696 709431 : Pou-w abòné nan H! sa ka fèt






    Le leadership des haïtiens à la Martinique

    14/08/2007 20:25



    Trimestriel N°2 - H!#25 juillet 2007

    Les haïtiens de la Martinique n’ont pas de chef de fil. Ils ne le souhaitent pas. Ils considèrent que tous les haïtiens ici sont sur un même pied d’égalité. Kabrit Thomazeau, menm bèt menm plimaj, pasé pranm ma pasé chaché-w. Aux USA on dit :"onz à onz".Ils n’ont pas laissé Haïti pour se retrouver dominer à nouveau par des haïtiens. Au contraire, quitter le pays est une manière de concurrencer ses frères. Au pays, Ces frères sont les exploiteurs. Ceux qui se mettent entre le peuple démuni et l’étranger pourvoyeur. A l’étranger, ils font encore barrage lorsqu’ils sont déjà d’anciens immigrés, se sont eux qui empêchent de vendre convenablement la culture, les recettes vodou. Leur présence empêche de bénéficier des avantages de l’originalité haïtienne, puisqu’ils savent eux aussi. Cette attitude se manifeste particulièrement chez les nouveaux arrivants en diaspora qui refusent l’accueil, l’aide des anciens,sous prétexte qu’ils (les nouveaux) savent, maintenant qu’ils ont là eux aussi. Comme si l’émigré haïtien n’avait que l’émigration comme avantage concurrentiel par rapport à son compatriote resté plus tardivement au pays. Celui qui débarque fraîchement à l’étranger est convaincu que la " réussite " de l’immigré haïtien est dû à la générosité de son hôte et non à ses efforts personnels. Il n’a qu’un objectif, rencontrer l’hôte pour se faire valoir personnellement. S’il faut vendre ou tuer ses frères au passage, ce n’est qu’ un détail. De toute façon, il connaît mieux Haïti que son prédécesseur, puisqu’il y arrive si fraîchement.

    D’un autre côté, ceux qui parmi nos ressortissants auraient pu prétendre au leadership n’en ont ni la volonté ni l’étoffe; pour ne pas parler de leur mauvaise foi. Une fois la réussite sociale acquise, ils essaient de se diluer dans la population d’accueil qui refuse obstinément à les intégrer. Ils sont souvent tolérés par les autochtones, fréquentés et reçus par nos hôtes qui ne manquent pas une occasion de leur rappeler leur différence territoriale et les tribulations du groupe dont ils sont issus.

    Je dis cela sans aucun état d’âme, car je ne fais que de défon cer des portes ouvertes. N’impor te quel chroniqueur de n’importe quel groupe d’immigrés aurait pu écrire les mêmes choses sur sa communauté, à quelques infimes spécificités territoriales et culturelles près. Mais je tiens à témoigner sur le groupe auquel j’appartiens, dans l’espoir d’aider mon peuple à évoluer vers le mieux, la solidarité, l’unité.

    J’étais à la pointe du combat lorsque les ressortissants haïtiens étaient véritablement aux abois ici. J’ai essayé de monter une association loi 1901, pour simplement pouvoir sortir nos ressor tissants des trous à rats où ils s’entassaient entre la fin d’une journée de travail et le commencement de la suivante. Il y avait des exilés politiques haïtiens ici. Nous avions plusieurs musicie ns vedettes jouant dans des orchestres martiniquais à succès. Mais ceux-ci ne s’intéres-  saient guère au sort de leurs frères. Au contraire, les nouveaux arrivants constituaient pour eux une population dégradante, une sous catégorie qui n’aurait jamais du être vue par les étrangers. On m’a présenté à un enseignant haïtien en vue de la constitution de l’association; c’était un trans fuge de la France hexagonale qui était en poste au Séminaire Collège puis au Lycée de Trinité. Ce monsieur m’a imposé tellement de contraintes préalables, que le mineur que j’étais, jeune lycéen sous informé, n’a pas pu surmonter les montagnes d’obstacles qu’il m’avait opposés.

    François Mitterand est arrivé, la "liberté générale" a été proclamée. J’étais parti sous d’autres cieux quand lors d’un passage ici, essayant avec Emmanuel Saurel,qui avait sollicité mon ai- de,’ériger le Centre Haïtien d’Information et de Loisirs (le CHIL); j’ai appris qu’il existait une " Association des Haïtiens de la Martinique" dont le siège était aux Terres Sainville. Renseigne- ment pris, dans la rubrique: Activités de l’association, il fallait inscrire NE-ANT. Mais le comité directeur ne manquait pas d’aparatchicks: des vice-présidents à la pelle, des conseillers et autres orateurs. En fait, le jour que j’ai rencontré cette association pour la première fois, elle ne comptait pas de membres ordinaires, que des membres du bureau. Tout ce monde étant travailleurs manuels, principalement ouvriers du bâtiment. L’intellectuel, Bérard Sénatus, qui avait réussi à fédérer le groupe fin 1985, profitant de la chute de Duvalier au début 1986 était rentré au pays; ses suiveurs sont restés orphelins et immobiles. L’idée du CHIL les a revigorés. Une maison a été louée sur le boulevard Maurice Bishop, abritant une tête visible par mi nos ressortissants à partir de fin 1988.

    A nouveau reparti, chaque fois que je revenais pour un court sé jour, il y avait un nouveau nom qui transperçait le plafond médiatique :Max Simon (frèmak), Dr. Max Casimir, le Mouvement Fraternel de Solidarité Haïtienne. Après le coup d’état de 1991, Le combat pour le retour au pouvoir d’Aristide aidant, les haïtiens étaient devenus sympathiques, soutenus. Les associations et groupements divers se sont multipliés.

    Aujourd’hui, bien malin qui peut dire combien il existe d’associations au sein des haïtiens de la Martinique. Entre les groupements évangéliques, les groupes musicaux et les associations propre ment dites, il faudrait un expert comptable certifié pour s’y retrouver. Entre temps, Max Simon est mort. Casimir ne fait que survoler le tas, sans attache ni perspectives lap manjé arébò) Quand même, les deux leaders les plus connus furent et restent le Mouvement fraternel (terres Sainville) et l’ ADHM (Ste Thérèse). Ils viennent de changer de Président. Rigaud Anozil s’est retiré du Mouvement Fraternel et Geffrard Lemké, élu à la tête de l’ADHM pour deux (2) années, en 1994, vient juste en juin 2007 de passer les rênes de sa présidence fantomatique à un jeune, Alex Désir. Ce dernier devra reconstruire sur les ruines, si tant est qu’il a des projets, car il ne reste que le poteau mitan, Gismon Castor et quelques cailloux de la fondation qui persistent encore à s’appeler association.

    Quel avenir est promis à nos ressortissants ici?

    Les autochtones qui nous accueillent ne veulent pas de nous. Leurs élus se sentent trop petits pour assumer les charges du territoire, ils préfèrent s’arquebouter sur la notion de peuple qui grâce à sa logique d’exclusion, permet de s’affranchir de la responsabilité de l’autre en son sein. Le " NOUS " purificateur. Pour illustration, on peut rappeler les propos d’un maire d’une com

    munne de la côte Caraïbe, qui après un raz de marée dévas tateur pour sa commune il y a quelques années, a en substance déclaré à la télévision, qu’il allait tout mettre en œuvre pour qu’une procédure d’urgence soit mise en place pour venir en aide aux sinistrés autochtones, et que malheureusement il ne pouvait rien pour les autres (des haïtiens légaux, cultivateurs, résidents du lieu). Le pire, c’est qu’en disant cela, ce maire avait l’air sincèrement triste et désolé pour ses administrés abandonnés. En cas de responsabilité autochtone, cela promet pour nos ressortissants ici !

    Quant à notre retour en Haïti, comme tout émigré, tous ceux parmi nous qui ont vingt (20) ans et plus à l’étranger ne vivent que pour ça. Mais entre le rêve et la réalité!

    Et le journal dans tout ça? Me direz-vous. H ! Sa Ka Fèt n’a pas vocation à la gouvernance et encore moins l’ambition. Lorsque nous nous référons à la Martinique, c’est comme identifiant. Chacun, où qu’il soit, se donnant la peine de lire nos pages, doit pouvoir à l’évidence se rendre compte qu’il s’agit d’un journal haïtien fait à la Martinique La Martinique est l’endroit où nos pieds sont posés, nos visées sont ailleurs.

     

     

     

    H ! Sa Ka Fèt ?

    vérité sou tambou.

    Sak pa kòrèk pa H T. Sa ki pè, antrè anba kaban-n !






    Vodou: Hungan asogwé ou gangan makout

    27/07/2007 18:59



    Trimestriel N°2 - H! #25 - juillet 2007

    Les prêtres vodou se classent généralement en deux groupes  distincts: les " ginen "ou " gangan makout " (qui n’ont rien à voir avec les tonton makout, quoique) d’un côté et les " Hungan asog wé ason nan men " de l’autre. Ces deux groupes se méprisent profondément.

    Les gangan makout sont ceux qui ont un don, ou ont reçu un héritage mystique de leurs parents. Il y a parmi eux, ceux qui inexplicablement ont disparu pendant qu’ils se baignaient dans une rivière, on dit de ceux là, quand ils reviennent: " simbi té pran li "," sé on moun ki fè kombien tan anba dlo". Il y a ceux qui disparaissent chez eux-mêmes, au milieu de leurs proches, ils deviennent invisibles aux yeux humains, immobiles, défiant toutes les lois de la physique et de la biologie. Leur disparit ion peut durer plusieurs années. Ces deux derniers groupes réapparaissent souvent avec un la-yé et un jeu de cartes (pour la divina-tion). Il y a aussi ceux qui dans une démarche volontaire,se sont asso ciés à un esprit qui les chevauche en cas de nécessité. Deux choses caractéri sent particulièrement les gangan makout : d’ abord ils sont complètement abandonnés à la volonté de l’esprit(leur esprit-maïtre)Souvent ils ne savent même pas comment l’appeler au secours. Et ensuite, ils ne réclament pas d’argent pour leur prestation. Tout au moins ce qu’ils réclament est insignifiant (quelques centimes à mettre au sol).Même après succès avéré de l’intervention, il peut être demandé au bénéficiaire de faire de l’aumône aux pauvres, de donner à chanter une messe d’ac-tion de grâces à l’église catholique. On dit de ces esprits-là (ils le disent d’eux-mêmes tous seuls aussi), qu’ils travaillent pour la gloire, ils aiment la louange. Quelques fois, le chwal faisant fi des en-gagements de l’esprit, peut réclamer de l’argent pour lui-même. Dans ces cas-là, la collaboration entre le maître et le soumis tournera mal, les repré sailles du maître sont souvent terribles, au mieux il s’abstient de travailler. La quasi-totalité des gan gan makout ont une activité économique qui leur permet de subvenir aux besoins de leur famille. Des ginen bien connus snobent royalement leur don. Non pas qu’ils le méprisent, mais ils ne l’ utilisent uniquement qu’en cas de péril personnel ou vraiment quand le danger mystique est à haut risque et avéré pour un proche. D’un autre côté, parfois des gangan makouts deviennent asogwé soit par goût de l’effort, soit par passion du lucre.

    Si la générosité de notre mère nature ne saurait être mise en doute, son goût pour la sélection est aussi incontestable. Alors, l’homme a trouvé la parade dans l’apprentissage, la transmission des connaissances. Les "Hungan asogwé ason nan men  "contrairement aux makouts, sont des con naisseurs.Ils sont devenus prêtres vodou par l’effort, l’apprentissage, le mérite. Ils sont passés par l’initiation. Ils ont reçu l’ason. Avant on disait d’eux :"gangan ki h t pwen ". Les bokò, les sorciers, se recrutent essentiellement dans ce groupe. Ils se font payer pour leurs services, c’est généralement leur métier que d’être prêtre vodou Le dépècement de la société haïtienne fait que la pratique du vodou soit devenue la norme, alors qu’avant la chute de Duvalier, bien que tout le monde s’y adonnait, c’était contenu dans les bas quartiers.Ce n’est pas que le duvaliérisme constituait un rempart contre le vodou, c’est seulement que les strates occidentalisées étaient encore suffisam ment épaisses pour que la carrosserie cache le moteur. Être gangan est aujourd’hui une marque de distinction, un privilège à afficher en gras sur sa carte de visite.On est fier de se dire gangan ou mam bo,même avec des diplômes universitaires en poche. Alors, à tout va, on se fait kanzo, initier rapide ment par quelque charlatan, l’ason étant devenu l’expression d’un doctorat majeur. Même les défilés carnavalesques sont investis désormais par des cortèges de vaudouizan en transe, chantant à tue tête des chanté pwen. Certaines moeurs sexuelles généralement décriées, sont justifiées par l’ ap-partenance au vodou, lorsqu’elles ne sont pas promues par elle. Evidemment, seule la méthode asogwé permet une prolifération suffisante à de telles influences.

     

     

    En diaspora, particulièrement aux Antilles françaises, ces différences se perdent. Il y a certes des makouts et des asogwé, mais toute intervention est payante. D’ailleurs, pourquoi elle ne le serait pas ? Si les gangan makout ne se faisaient pas payer, c’ est qu’ils intervenaient dans un cercle res-treint, généralement familial, ne dépassant pas le cadre des amis et connaissances. En dehors d’Haïti, nous sommes des immigrés. C’est la Bible qui dit :Le peuple d’Israël devait dépouiller les Egyptiens avant de prendre la route de l’Exode (exo:3vs22-11vs2-12vs 35 ). Quant aux asogwé, prati quant leur métier, il est normal qu’ils essaient d’en tirer le maximum. Ils sont, il faut aussi le dire, une écrasante majorité dans notre communauté. Venus à la recherche d’une vie meilleure, butant sur un tissu social imperméable à bien des égards dans les pays d’accueil, victimes ou bénéficiaires de notre réputation nationale de faiseurs de miracles, la demande de prestations mystiques envahis sante, plusieurs de nos ressortissants se chargent de les offrir avec bonheur (Sinon, il n’y aurait plus de clients) Certains s’improvisent gangan, d’autres se rendent au pays quérir le nécessaire, d’autres enco re se font adouber ici même par des compa triotes (histoire de prendre du poil de la bête avant de partir aux sources).Seule compte l’efficacité. Et là encore, c’est différent avec la manière dont ce la se passe au pays. Chez nous, efficacité signifie bien être général et définitif. Ici, c’est du logarithme: un problème = une solution. Les deux catégories principales de la confrérie se retrouvent face à face, poussées par la concurrence, la nécessité de se frayer un passage. Dans le meilleur des cas, la polémique verbale va bon train entre les deux groupes pour connaître lequel est supérieur à l’autre. Les asogwé sont plutôt méprisants envers leurs collègues makouts, les traitant d’ignorants. Tandis que les ma-kouts accusent les asogwé de sorcellerie, de " mou-n kap maché pran vié pwen sal pou fè kob " " mou-n sa yo ap fè palé vaudouizan mal ". Il est rare que cela dépasse les limites de l’invective, mais cela arrive. Les asogwé, cependant, recon naissent les hautes vertus des ginen. Ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir reçu un héritage ginen, le gardent jalousement, exclusivement, tout en continuant à utiliser les lwas acquis par quelque procédé,sans mélanger les deux, impérativement sans les mélanger. Ils prétendent garder les lwas ginen aux profits de leurs héritiers.

     

    H ! En conclusion, nous ne saurions vous dire lequel des deux groupes est supérieur à l’autre. Nous croyons mê mes qu’ils se valent et que la différence, est au niveau de chaque individu. Non seulement du gangan lui-même, mais aussi de celui qui va le consulter. Il est bien connu que s’il n’y a pas d’investisse ment personnel, le résultat ne sera pas au rendez -vous. Celui qui déposerait 15 centimes d’euros devant un gangan makout pour que les 7 numéros gagnants du prochain tirage du loto lui soient révélés, perdrait son temps. Lui même n’y croirait de toute façon pas. Il se dirait si ce type peut avec 15 centimes avo ir révélation des numéros gagnants du loto, pourquoi il ne les cherche pas pour lui-même ? Tandis que s’il faut commencer par mettre à terre 10.000 euros, on sait que ce n’est pas donner à tout le monde. Le praticien ne possède pas forcément 10.000 euros. Il y a des chances d’y croire …et de gagner.








    Les Haïtiens au festival culturel de Fort-de-France

    27/07/2007 18:50



    Trimestriel N°2 - H!#25 -juillet 2007

    Comme d’habitude, cette année encore des haïtiens étaient invités au festival culturel de Fort-de-France. Dommage que cette manifestation soit centrée sur l’homme et fasse peu cas du territoire martiniquais. Nous aurions pu voir par l’exposition des talents de la Martinique, la production culturelle des hommes qui l’habitent; donc des artistes haïtiens domiciliés en Martinique. Il faut dire, à la décharge de nos hôtes, que nos domiciliés ne sont pas particulièrement proli xes, ni dynamiques. Mais ils existent, contrairement à ce que croient beaucoup et veulent faire croire d’autres. Du coup, on peut facilement compter ceux qui par mi nos résidents assistent aux différentes manifestations du festival, en dehors des grands show au stade de Dillon (Pierre Aliker) qu’ils ne perçoivent pas d’ail leurs comme une manifestation inhérente au festival, mais comme un concert or dinaire. Surtout que nous, en français ou en créole, nous disons festival pour dire concert.

    Cette année, le vendredi 13 juillet fut un heureux soir. Sous l’insistance d’un ami martiniquais, nous avons été au cénacle, sur le Malecon, sans enthousiasme. Nous nous sommes rendus à la conférence d’une de nos compatriotes,Rachel Beauvoir-Dominique, qui présentait un sujet intitulé : " Cérémonie du Baron du cimetière et du Baron Samedi ". Nous étions encore plus désappointés quand elle a annoncé qu’il s’agissait d’un sujet haïtiano-dominicain, baron samedi de Haïti et Baron simitiè de la République dominicaine. Nous nous sommes dit qu’il s’agissait là encore d’un sujet bidon, le genre d’attrape pour intellectuels cham-pêtres souhaitant gaspiller leur temps, avant d’aller ingurgiter leur rhum et se faire mousser auprès de leurs amis,en racontant qu’ils revenaient d’une conféren ce. Hé bien non ! Elle nous a subjugué. Le traitement du sujet lui-même a été léger, mais il ne pouvait en être autrement dans un tel contexte, on ne pouvait guère espérer la révélation de quelque secret mystique, c’est normal. Elle nous a ballotté entre les deux côtés de la maudite ligne séparatrice de l’île du nègre de bout. Elle m’a même fâché en parlant de l’île kiskéya, alors que l’on sait que l’île entière est appelée " Hispañola " par l’interna tional, Saint-Domingue par les Fran çais et Haïti par nous autres. Pourquoi diable, nous a-t-elle imposé cette notion dominicaine de l’appellation de notre île? Elle s’est fait vite pardonner cependant par sa verve, sa connaissance de l’haïtien et de son environnement, son haïtianité sans état d’âme. Dieu sait si j’ai assisté à des conférences de nos compatriotes de passage ici. C’est la première fois que j’ai rencontré un, homme ou femme, qui assume aussi naturellement notre culture et notre histoire. Oui madame, je vous remercie du fond du cœur. Vous avez dit à tous ceux qui étaient là, et un grand nombre de nos hôtes présents y ont à ma grande surprise adhérés par leur ap-plaudissement : que Haïti est, l’haïtien est. Nul n’est parfait, rien n’est facile, mais une terre et ses hommes ont droit à la différence. Cela ne changera sans doute rien à notre situation au quotidien ici, mais nous fait un énorme bien que nos hôtes l’entendent. Nous sommes haïtiens, sans complexes… Men bon kozé, nan bon ti godèt! … Natif, natal nou yé.






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