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Le chant kompa, un exercice viril
05/02/2009 16:18
L’expression notoire de l’art haïtien de l’antiquité, c’est-à-dire de la période anté-coloniale, quand cette île s’appelait encore : Haïti Boyo Kiskeya, fut et demeure la poétesse et chanteuse, on dit SAMBA, Anacaona. Elle périt en mer, dans le naufrage du bateau espagnol qui devait l’emmener en Espagne, afin de montrer des spécimens capturés dans les terres sauvages, au roi Ferdinand et à la reine Isabelle, la catholique.
C’était donc une femme. De cette période, parmi les artistes, seul son nom traversa le temps pour arriver jusqu’à nous au 21ème siècle. Elle est connue de tous les haïtiens d’aujourd’hui. Léogane, sur le versant sud de Port-au-Prince, est dite la ville d’Anacao-na. Ce fut la capitale de son caciquat(royaume), qu’el le avait hérité de son frère vaincu et tué par les conquérants espagnols. Le terme « samba », est lui aussi passé dans le langage haïtien. Il qualifie tout chanteur improvisateur des chants vodou, des groupes rara, ou tout individu n’ayant pas bénéfi-cié d’une formation musicale à l’européenne mais chantant jus te et sachant improviser.
Une autre femme, de la période haïtienne cette fois, a connu une extraordinaire notoriété au début de la seconde moitié du 20ème siècle, Lumane Casimir. Elle est morte dans le désoeuvr ement le plus absolu,mais a fait et continue de faire des émule s qui ont repris ses chansons, qui en parlaient et en parlent en-core avec envie. Ces héritières furent des gens telles Toto Bis-sainthe ou Martha Jean-Claude, mais aussi : Fédia Laguerre, Carole Démesmin, Farah Juste, Emeline Michel, etc.
A part Anacaona, toutes ces femmes précitées chantent le fol klore haïtien. C’est-à-dire les rythmes et les chants vodou ou très proches d’eux. Certaines, sans doute par éducation, y ajou tent de la variété haïtienne : mélangeant les intonations vodou, des paroles moins plaintives, moins priantes, à la variété française.
Signalons au passage, que le micro est accessoire à ses stars,el les pourraient s’en passer et s’en passent allègrement sans perdre ni la beauté, ni la justesse de leur voix. Elles ont du coffre.
Le kompa direk, nous l’avons déjà expliqué dans un dossier publié en octobre 2004 et qui s’intitulait:« le kompa direk, des origines à nos jours », est une musique haïtienne originaire et domiciliée à la capitale, qui suivit la strate sociale qui l’avait initiée dans la diaspora. C’est une musique urbaine, métisse, créée à partir du merengue et jouée avec des instruments occidentaux, dans les normes (généralement) du solfège.
Il y a une curiosité de cette musique qui nous interpelle ici, aucune femme n’arrive à devenir star dans le kompa.Qu’elle soit instru-mentiste ou chanteuse, aucune. Elles ont essayé. Il a existé des groupes composés uniquement de femmes, des cho-ristes sont pléthores, certaines doublent la voix ou dialoguent avec le chanteur, des solistes (Sheila, Misty Jean etc.) ont tenté leurs chances. On ne peut pas dire qu’elles soient mauvaises, mais… Il manque un truc, un je ne sais trop quoi.
Considérons les chanteurs stars du kompa, aussi bien les ini-tiateurs que les générations actuelles, sans être exhaustifs:Cub ano et Zouzoul des skah shah, Shoubou du tabou combo,Ti ma nno, Ti Chris du volo-volo, Max Lavlanet de Djet-X, Isnard Douby du Système Band, Larose de missile 727, Roberto de T Vice, Freddy de Top Vice, Sweet Micky, Gracia Delva de Mass kompa, Michael Guirland de Carimi, etc. Il ne sont pas tous dans la même catégorie de voix: Lavlanet et Roberto sont baryton-Martin, Zouzoul et Douby sont baryton, Ti-Manno et Guirland sont soprano, etc. Mais à la base, ils ont tous la voix virile. Les voix fluettes ne mar-chent pas dans le kompa. D’ailleurs je n’en vois aucune de notable.
Cela n’explique pas tout. Ni Mysty Jean, ni Sheila, quoique des femmes, n’ont la voix fluette.
Rassurez-vous, je n’ai aucune explication du constat que je fais, pas le début d’un rêve de solution. Mais vous convien-drez, que c’est quand même particulier:dans ce qui régit le chant haïtien de base, les femmes font preuve d’excellence. Ailleurs, elles sont inexistantes. Elles sont mêmes meilleures que les hommes, en tout cas plus nombreuses, dans le folklore, puisque ce n’est que maintenant avec le nettoyage des couches supérieures de notre société que quelques voix d’hommes ont percé dans le folklore, dans la musique dite « RASIN ».Avant, on en connaît pas. Cela voudrait-il dire que les hommes sont plus facilement aliénables que les femmes ? Nos femmes se-raient elles les gardiennes du temple ? En dehors d’elles, l’haï-tianité serait elle vouée à disparaître ?
On constate de nos jours, qu’elles sont majoritaires parmi les prêtres vodou, en tout cas si elles sont minoritaires, ce serait une minorité activiste, plus bruyante. Mais, il est dit que dans le vodou, l’équité est parfaite entre les deux sexes, nous le con testons ici. De l’aveu même des mambos, certaines opérations mystiques exigent l’intervention d’un homme. « Sé on travay gason » disent-elles. Il est couramment admis que beaucoup de prêtres vodou couchent avec leurs fidèles. Parmi les prêtresses, certaines aussi couchent avec leurs fidèles, non pas les hommes, mais les femmes, dans une relation de dominant à dominée. Si la femme subit les affres de l’appétit sexuel du prêtre et de la prêtresse dans des rapports sexuels, elle est donc dominée. Ce qui annule la notion d’équité.
Les femmes sont donc inférieures hiérarchiquement dans la pratique, mais se rattrapent dans l’expression artistique tradi- tionnelle, en se faisant dépasser dans les arts métis… C’est un casse tête chinois.
En l’an 205 de la proclamation de notre indépendance nationale, je souhaitais juste livrer ce constat à votre réflexion.
Etwal Desmangues
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La résurgence des vieux orchestres kompa.
Il y a en Haïti une tradition de groupes musicaux qui sont de véritables institutions. Ils peuvent certes passer de mode, mais ils sont increvables. Ils sont généralement étroitement liés à la ville où ils ont vu le jour. C’est le cas par exemple de la ruche de Léogane, des Jouvençaux et Invincibles de Jacmel, des Diables du rythme de Saint-Marc, de Volcan des Gonaïves, etc.
On en trouve pas à Port-au-Prince. En tous les cas, je n’en connais pas personnellement. A la capitale, les groupes se défont allègrement.
A la fin de l’année 2008 qui semble se prolonger en ce mois de janvier, une kyrielle de zombies musicaux haïtiens des an-nées 1970/1980 ont envahi le marché martiniquais. Leur résurrection est totalement inconnue en Haïti, et les haïtiens de passage s’en étonnent. Tant mieux si leur retour donne un peu de bon temps à des nostalgiques martiniquais et du travail à quelques papis musiciens haïtiens.
Quand j’étais gamin, ma mère habitait dans le voisinage de Nemours Jean-Baptiste. Son orchestre répétait sur un grand bal-con qui surplombe la large rue centrale très passante de la cité Manigat. Dans les années 1960, il y avait toujours foule en bas dans la rue, face au balcon, pour suivre les répétitions de l’orchestre. Dans les années 1970, pas même un seul badaud, vrai ment pas un seul, ne s’arrêtait plus. L’orchestre ne jouait nulle part en Haïti. Mais Nemours continuait à partir jouer en Martinique… Nul n’est prophète en son pays. F. M.
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Abobo sou bêkê ! … A qui a-t-on vendu Damballah Wèdo?
30/10/2008 04:59
« Mon fils, tiens prête la 24ème demie brigade, d’après ce que je viens de faire dans le sud, si les citoyens ne se révoltent pas, c’est qu’ils ne sont pas des hommes. »
Ainsi parla Dessalines à Lamarre, commandant de Petit-Goâve. Le fondateur de l’état d’Haïti ne survivra pas longtemps à ces mots. Il venait de s’en prendre à des mulâtres qui avaient vendus aux étrangers, des bois précieux interdits à l’exportation. Le colonel Lamarre n’a pas eu à faire grand’chose, d’ailleurs lui-même semble avoir été du mauvais bord. Les citoyens du sud n’ont pas été suffisamment téméraires pour se révolter contre l’Empereur, ils ont agi lâchement contre la personne de J.J. Dessalines, en organisant un guet-apens avec le concours de leurs congénères de l’Ouest, à l’Ouest, le 17 octobre 1806, pour l’assassiner...La braderie a pu continuer avec frénésie, sans personne pour la contester. Dans les plaines on vendait tout ce qu’on pouvait amasser à même le sol d’Haïti, contre de l’ argent qui allait être dépensé ensuite au boulevard Saint-Germain et à la porte d’Orléans, à Paris. Tandis dans les mornes et aux bas fonds des villes, tout en « vivant en attendant la mort et faisant des enfants pour ne pas casser le fil de la vie » (J. Roumain), on inven-tait le vodou. Aujourd’hui que l’on ne trouve plus rien à vendre sinon les originaires des mornes, ceux-ci en profitent pour brader le vodou au vent des pays où ils sont transportés. Ce sujet brûlant dans le giron français, est cependant disparate ailleurs. Certainement que le vodou est très présent dans les fractions communautaires haïtiennes à travers l’occident, mais il reste cantonné parmi nos ressortissants, qui préfèrent s’approvisionner à la source pour des raisons d’authenticité et de coût. Tout lwa kap fè pri travay an ewo ou an dola, sé lwa aloufa.
Une fois l’indépendance conquise, dans les ports du nouvel état, aux marins étrangers y compris ceux de Napoléon, on vendait nos négresses prostituées. Au x profits des anglophones, on continuait à produire les denrées coloniales,avant d’accorder à nouveau la priorité aux français à partir de 1825 (Edit de Charles X). Arriva 1915, aux américains débarqués, on a ven du notamment les minerais du sous sol, sans parler de notre liberté politique, puisque F. D. Roosevelt, ministre de la marine américaine alors,s’est toujours vanté d’avoir rédigé une constitution de notre nation Entre temps, la peinture haïtienne était née et avait fait ses preuves. La production est vendue aux étran-gers, essentiellement. Dans les années 90-2000, des tableaux que les artistes, adorateurs du dieu soleil, a vaient peint exclusivement pour honorer leur dieu, sont offerts sur Internet aux plus offrants. En passan t, différents gouvernements vendaient nos ressortis- sants pour la zafra à Cuba et à
la République domini caine, avant d’organiser le départ des couches socia les supérieures pour les pays développés. Mais en matière d’émigration, le vase a débordé. Rien donc d’étonnant que le vodou, science plébéienne, soit di-rectement bradé en terre étrangère. Nous vendons au jourd’hui des miracles. Ceux qui espèrent que Dam ballah wèdo finira par monter son cheval pour une nouvelle épopée, ne pourront être que déçus : j’ai Rencontré un martiniquais qui m’a dit que tous les lwas (esprits) haïtiens étaient domiciliés chez lui, en Martinique.
Voilà au moins une réalité, qu’on ne peut mettre sur le dos du colonisateur. Car cette liste d’objets divers vendus aux étrangers, est l’expression même de notre philosophie de peuple. Elle nous vient directement d’Afrique, c’est la philosophie des africains encore aujourd’hui : la vie commence avec moi et partira sous terre avec moi. Qu’importe ce qui arrivera plus tard, « m’a gen tan mouri ». La vie est courte, il faut en profiter, profiter de tout ce qu’ offre la terre. Toute transformation est merveilleuse, profitable aussi tant qu’on peut s’en saisir, c’est la production qui est inutile, une perte de tem ps. N’allez pas croire que Dessalines était véritablement contre la vente des bois précieux qui fut l’élément déclencheur de son assassinat. Non, il en avait interdit la vente parce que des conseillers le lui avaient prescrits, il a puni les vendeurs parce qu’ils ont désobéi à ses ordres, ainsi, ils l’ont privé des subsides que cela a rapporté, privés lui et sans doute ses conseillers qui se les réservaient. Les compétences de l’empereur en matière de gestion ne font aucun doute. Il a été directeur de domaine sous Toussaint, et nul n’a rendu un domaine plus prospère que lui. C’était un meneur d’hommes, si j’ ose dire: commandeur de plantation de formation. C’était un gestionnaire efficace, Dessalines. Il a su mener à bien les tâches qui lui ont été confiées, toute les tâches. On lui a de mandé de commander des esclaves sur les plan-tations, il a réussi. Ces talents, là démontrés, Toussaint lui demanda d’être général d’armée, il a réussi. Vint l’autonomie, on lui confia la gestion d’un domaine colonial, c’était en temps de paix : il a réussi. Arriva l’expédition de 1802, on lui commanda d’être rebelle à la mère patrie : il a réussi, mal-gré la défaite et la déportation de son chef. Il a fondé un pays, une nation. Pourquoi faire ? Pour vivre libre, totalement, sauvagement jusqu’à la mort. Il n’était pas question de développement. Le développement ne faisait pas partie des objectifs de ce peuple. A quoi bon le développement ? Lan mò anba pié.
Evidemment, il n’y a plus de bois précieux à vendre aujourd’hui. La vente des denrées coloniales, c’est fini. L’art haïtien en tant que tel tend vers l’ar tisanat, la musique travaillée, le kompa, est produite essentiellement en dias pora et tend elle même vers le relâchement le plus total, la simplicité abso-lue ; la tendance racine développée en Haïti ne connaît pas de succès auprès des étrangers. Il arrivera un temps quand le vaudou lui-même sera épuisé. L’haïtien, dépourvu de toute originalité, n’intéressera plus personne. M’a pétèt gen tan mouri, men foumi va banm nouvèl. Si ce peuple ne se décide pas à rompre avec le ramassage, la cueillette pour passer à nouveau à la pro duction, la production à outrance, son avenir consiste en sa propre zombi fication, son auto-zombification. Alors dans les siècles à venir, les archéolo gues trouveront en fouillant les vestiges de notre temps, les traces effacées d’une conglomération de nègres qui en un temps avait essayé de se mettre debout dans l’espoir de flirter avec l’humanité, mais qui c’était vite réac-croupi. Ainsi va la vie : on naît, on vit et l’on meurt.
En attendant, frère des caraïbes, à chaque fois que tu rencontreras un ven-deur haïtien, vendeur de vodou faute de pays, saches que le produit est 100/ 100% naturel, carrément Bio. Celui qui l’appâte avec l’argent qui l’a aujourd’hui rendu fou, a omis de lui enseigner toute notion de plus-value. La saison des ventes battra son plein à partir du 1er novembre, ce sera la fête des gédés, le temps des jé krévé. Bonne fête, petite vertu… pilolooo
Fanfan Mahotière
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Ces bateaux qui finalement arrivent aux ports
30/10/2008 04:54
Nous vous avions raconté dans un récent article comment des entrepreneurs martiniquais et haïtiens qui essaient d’ouvrir une voie commerciale entre Fort-de-France et Haïti montaient un calvaire. Cet article s’intitulait : « Ces bateaux qui n’arrivent ja mais aux ports ». Nous avons agréablement appris que l’un d’ eux parti le 20 juin de Fort-de-France était finalement arrivé sans problème à Port-au-Prince et des clients ont confirmé que les biens avaient été livrés aussi sans problème particulier. Félicitations à ces messieurs. Nous sommes ravis pour ceux qui les avaient choisi.
Un autre armateur, martiniquais, qui était lui aussi sur la ligne de départ, a déclaré forfait pour des raisons administratives ad jacentes, ne concernant pas directement son voyage commercia l. Il dût s’adapter. Il expédia les biens en sa possession par con teneur, sur une ligne régulière. Mais là, les problèmes n’ont pas failli : dans ce genre de « coup », quand des martiniquais sont les organisateurs, ils prennent des assesseurs haïtiens. Dans ce lui-ci, le martiniquais ne s’est pas rendu à Port-au-Prince. Ses assesseurs seulement y sont allés. Il s’agit d’une femme à la ré putation douteuse et un délégué de dernière minute qui s’est dé voué. Un client bafoué témoigne que l’entrepreneur aurait ra massé une douzaine de milliers d’euros des clients qui ont payé rubis sur ongles pour le transport et les frais de dédouanement, depuis
la Martinique. Le délégué de dernière minute avait reçu mille (1000) euros (sûr) pour payer les frais de douane. Arrivé à Port-au-Prince, problème administratif, le délégué n’a aucun pouvoir sur le conteneur puisque tout l’enregistrement a été fait au nom du martiniquais qui est resté à Fort-de-France. Une pro curation fut demandée et envoyée. 2ème problème, le nom sur la procuration n’est pas conforme au nom porté sur les papiers au enregistrés à Fort-de-France. En fait, le martiniquais a un nom de famille composé, sur la procuration, il n’a mis que la premiè re partie de son patronyme. La procuration lui est retournée pour correction et il se fâche : Comment les autorités haïtiennes osent-elles contester un document établi à
la Martinique ? Fusti gea t-il. Entre temps, les mille (1000) euros remis au délégué se sont révélés n’être qu’une goutte d’eau comparée au coût réel des frais de douane. Mais un client au bras long, résident à
la Martinique , parti en Haïti récupérer des effets qu’il avait expé -diés dans le conteneur, a payé tout le montant réclamé par la douane, avec l’accord du délégué, il apporta le conteneur, rem pli, à son domicile, récupéra ce qui lui appartenait en nom pro pre et exigea le remboursement des frais afin de rendre le reste des biens à leurs propriétaires, eux aussi, présents en Haïti pour un grand nombre. Et là, les lignes téléphoniques entre Port-au-Prince et Fort-de-Fran ce se sont mis à chauffer. Les clients doivent à nouveau payer les frais de douane qu’ils avaient déjà acquittés à Fort-de-France, augmentés des frais personnels du délégué, lequel est un membre éminent de l’Association des Haï tiens de
la Martinique (ADHM), il est aidé dans sa démar-che par l’éminence grise de la même association qui se démène comme un beau diable, en accompagnant l’entrepreneur marti niquais auprès des clients haïtiens pour les encourager donc à payer 2 fois les frais de douane, tandis que la dame, la première assesseur, depuis Haïti, appelle ces mêmes clients pour leur de mander à lui prêter de l’argent pour qu’elle puisse réunir la somme réclamée pour la récupération des biens, en attendant qu’ils se décident à payer.
Si dans ces affaires de bateaux entre la fraction communautaire haïtienne d’ici et Haïti, la compétence des affairistes est douteu se, elles souffrent aussi de la mauvaise foi de gens qui font tout ce qu’ils peuvent pour appauvrir encore plus nos membres avec la complicité à bon marché de nos apprentis vendeurs de pays, les h de petite vertu.
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Être ou devenu
30/10/2008 04:52
Du peu que je me rappelle de ma terminale littéraire, il y a cette phrase:« Le petit de l’homme est un prématuré ».Autrement dit ,contrairement à certains petits animaux qui dès leur naissance sont prêts à affronter la vie, la protection d’un parent est indis-pensable au bébé humain. Cependant, prématuré ou non, le vi-vant naît petit, grandit, puis meurt. Depuis l’embryon, le vivant est donc porteur d’un devenir. L’adulte est un devenu. Qu’il s’ agisse de Jésus, de Pythagore, de Napoléon ou du nègre marron inconnu: l’homme adulte est devenu ce qu’il est. Sous l’influen ce de son environnement, son éducation et de ses efforts person nels : il sera chasseur-cueilleur ou guerrier dans la forêt, arti san, soldat, intellectuel ou va-nu-pieds dans une cité florissante ;maître ou esclave dans une société esclavagiste. Il est devenu de même que le baobab millénaire ne fut qu’un grain tombé en terre ou le tigre dévoreur une petite bête sans défense, joueuse, avec un pelage si doux à caresser.
Tout peuple est aussi devenu; car tout peuple naturel naît d’un patriarche connu ou non qui a fondé une famille qui s’est trans-formée en tribu puis en peuple à mesure que le nombre de ses membres augmentait et ses habitudes de vie devenues culture. Tout peuple naturel disons-nous, car il y des peuples qui n’ont pas connu la trajectoire décrite ici. C’est le cas de ceux qui habi tent les îles de
la Caraïbe. Ils sont nés de la volonté de dominan ts qui les ont conglomérés sur un territoire en fonction de be-soins économiques. Leur culture n’est pas constituée des habi- tudes de leur vie, de l’adaptation à leur environnement, mais du syncrétisme ou du simple conglomérat de coutumes, parfois d’ intérêts parmi lesquels ceux du maître priment. A titre d’exem-ple, dans la pharmacopée antillaise,toute variété blanche est ré-putée meilleure en toutes circonstances. De ces peuples, on de-vrait plutôt parler d’advenu. Le vivant est en devenir naturel, l’ intervention de l’homme dans son évolution en fait un advenu.
Sur le plan individuel, l’homme EST. Dès sa naissance, il porte en lui les qualités et les défauts qu’il développera plus tard dan s sa vie. Il y a des millénaires aujourd’hui que les philosophes, notamment occidentaux, développent la formule 1 + 1=3. C’ est-à-dire qu’à chaque fois qu’on ajoute un élément x à un élé -ment y, la somme n’est plus x ni y, pas même xy,mais z, élé ment nouveau, porteur des qualités et des défauts des deux pré cédents mais, différent d’eux. L’antillais, métis du blanc et du noir, du blanc et de l’amérindien, du noir et de l’amérindien, ou de tout autre 1+1, est un élément nouveau, distinct de son père et de sa mère, il EST. Son devenir est en lui, il deviendra de gré ou de force. Le fœtus n’est pas le bébé, le bébé n’est pas l’ enfant, l’enfant n’est pas l’adolescent, l’adolescent n’est pas l’ adulte, l’adulte n’est pas le vieillard. A chaque étape, l’individu est devenu.
Sur le plan collectif, la famille, la tribu, le peuple, la nation aussi est en devenir, de gré ou de force. S’il s’enferme sur lui-même, ne vit qu’en autarcie, ne se reproduit qu’en consangui-nité : le groupe régressera ; humainement et culturellement; car 1+0 = 1. Par conséquent, le devenu doit s’allier en permanence à d’autres devenus, pour produire de nouveaux devenus, à l’in fini. Le devenu est donc une fatalité obligatoirement évolutive.
Si donc le devenu est inhérent à la condition du vivant, la philosophie doit l’intégrer, intrinsèquement, et le dépasser au plus vi te. Peu importe à mon chat que ses ascendants chassaient la sou ris pour subsister ; aujourd’hui,son repas est stocké dans le réfri gérateur, c’est donc vers cet appareil qu’il se dirige quand il a faim ou directement vers moi qui doit lui servir son repas. Tant pis si ma maison est infestée de rongeurs craignant d’avantage le piège à rats que mon chat qui les regarde d’un œil somno-lent. La souris et le chat ont intégré leur devenu et sont passés au degré suivant. Pourquoi Diable, devrais-je m’arrêter, moi, sur mon devenu ? Harold Pierre
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Education : Mik mak makadam
30/10/2008 04:48
Depuis le retour d’Aristide en Octobre 1994, le processus avai t démarré doucement. Pour cette rentrée 2008 qui a commencé le lundi 6 octobre, on peut estimer qu’il a pratiquement atteint sa vitesse de croisière : les ONG étrangers se sont substitués à l’état haïtien pour subventionner le système éducatif. Système basculé d’ailleurs du modèle français à celui des Etats-Unis. Nous vous en avons déjà parlé dans ces pages. La rentrée de cette année a par ailleurs été retardée à cause des dégâts causés par le mauvais temps des mois d’Août et de septembre.
L’état haïtien, depuis les premières années de l’existence de notre nation, essaie de mettre en place sans grande conviction, un système éducatif. Des écoles et une faculté de médecine dans la partie nord depuis Henry Christo phe. Un lycée de garçons et un autre de jeune filles ainsi qu’un centre d’apprentissage pour les orphelins d’officiers militaires (pupilles de la nation) depuis Alexandre Pétion dans l’ouest, une faculté de médecine et u ne autre de droit décidées par Pétion dont seulement celle de médecine ouvrira dans les toutes premières années de Boy er au pou voir : la bonne volonté de nos pères en cette matière est manifeste. Sauf les moyens ont fait défaut.
Puisque l’état est défaillant, un réseau privé s’est installé cahi n-caha avec des établissements d’enseignement et des précepteurs. Les pères catholiques n’ont pas tardé à fonder des écoles un peu partout dans le pays dès le XIXème siècle : les spiri-tains avec le petit séminaire collège St-Martial, les jésuites av ec le Saint-Louis de Gonzague imités bientôt par d’autres con grégations et même d’autres obédiences telles que les catholi ques orthodoxes avec le collège St-Pierre pour les garçons, St François d’assises pour les filles et l’école de
la Sainte trinité pour les professionnels; les méthodistes avec le collège Bird, les adventistes avec le collège de Dikini, etc. Les laïcs n’ont pas été en reste : Collège Roger Anglade, Centre d’études (Pradel Pompilus),collège Fernand Prospère, etc. Les jeunes haïtiens les plus fortunés, faisaient aussi leurs études à l’étranger, parti culièrement en France. Il faut remarquer cependant, que les générations les mieux formées, le furent à partir des années 1940 ,c’est à dire, au moment ou arrivaient à maturation les jeunes nés après le débarquement américain de 1915.Le point culminant de ces glorieuses étant le début des années 60…Et ce fut la plongée vertigineuse, entraînant par la même occasion le modèle français.
Arrêtons le galop un instant, pour nous intéresser à quelques détails : Dans la conquête de l’indépendance, les noirs étaient dans l’action et les mulâtres dans la réflexion. Par la suite, ce ux-ci ont eu la gouvernance. Tous les documents officiels du nouvel état étaient rédigés en français. Au cours de la cérémonie de la proclamation de l’indépendance, seul Dessalines, a-nalphabète, s’est exprimé en créole. Il n’était que créolophone. Le français, langue du maître rejeté, fut la langue administra- tive et juridique de l’état, sans être officielle. Elle ne le devien dra qu’en 1938, par réfraction à la domination américaine. La classe dominante, a fondé sa domination sur le savoir, qui était son avantage concurrentiel:« le pouvoir au plus capable», c’ est son slogan de toujours. «Capable» étant le fruit de l’instruc tion, du savoir. Ce qui peut-être fit dire à Jean Claude Duva -lier en exil, au cours d’une interview: « le créole n’est parlé que par les domestiques, les gens de maison ». Remarquons ici, que l’expédition française de 1802 avait apporté ses pro clamations pour St Domingue, rédigées en français et en créo le, à placarder sur les murs. Les dominants du nouvel état ont donc rejeté la langue que le créateur reconnaissait comme celle des locaux, des autochtones, le peuple révolté donc. Cer tains peuvent penser, dans une démarche tout à fait saine, que les domi -nants haïtiens n’ont jamais souhaité l’éducation véri table de la masse, puisque si elle s’instruisait elle revendique rait, de droit, à partager le pouvoir. A leur décharge, il faut quand même noter qu’aucune branche du secteur public du pa ys n’a dépassé le stade d’une organisation embryonnaire(même pas la collecte des impôts)à l’exception de l’ar -mée, instrument de la soumission de la masse.
Au cours de mon adolescence, un dictionnaire créole-français, fruit du travail d’un haïtien publié au XIXème siècle, est passé entre mes mains. Cependant, j’ai lu il y a bien longtemps, que la première grammaire créole était l’œuvre d’un linguiste amé ricain dont je n’ai plus le nom en tête. Ce serait lui qui aurait imposé la tendance anglo-saxonne de la graphie du créole ave c beaucoup de w et de k notamment, c’est ce que nous utilisons dans nos pages pour la rédaction des textes créoles, puis- que c’est ce qui est officiellement enseigné en Haïti contre la tendance latine donc française, qui remplace notamment les w par ou et les k par c. (Noter que H ! sa ka fèt utilise souvent des accents, ce qui est une déviance par rapport à l’écriture anglo-saxonne). Le travail de ce linguiste américain a été publié en 1942. Je certifie la da te. Il n’est donc pas étonnant qu’en 2008, l’USAID soit le ges tionnaire de fonds scolaires alloués par l’ambassade des USA au système scolaire haïtien, et qu’il n’y aura plus de baccalau- réat 1ère partie dès cette année puisque le système napoléonien est abandonné au profit de celui des USA. Le bac pour nos enfants, c’est fini : Vive le high school. L’imposition qui m’a été faite d’apprendre le véhicule français du savoir dès les classes maternelles, sous peine de ne pas«être»une fois adulte, ne me servira désormais plus à rien, sauf à demeurer immigré en France. Je me savais déjà membre d’une génération zapée, maintenant je suis carrément déprogrammé. En espérant que « Quand la chine s’éveillera » mes descendants ne seront pas déprogrammés de l’anglais à leur tour et leurs progé nitures mis au régime cantonais ou mandarin.
Certains de mes compatriotes lisant cet article, doivent sans doute se dire que de toute façon le système éducatif français a participé à ce qu’ils croient être la déchéance de notre société, ou plutôt sa neurasthénie de toujours : c’ est qu’ils n’auraient rien compris. Nous avons produit Draguillah, qui au sein d’u-ne équipe américaine, a découvert le virus du sida. Le docteur Phanor a inventé le « tube phanor »,utilisé en chirurgie,le docteur Monthieu a opéré avec succès Ronald Reagan, après l’at- tentat que celui-ci avait subi, René Depestre a eu le prix Goncourt, les instances internationales pullulent de fonctionnaires internationaux haïtiens dont tout le monde loue la compétence et le sérieux, les universités occidentales sont pleins de profes seurs haïtiens faisant le bonheur des cadres et futurs cadres de s grands pays développés, nous avons des ingénieurs à
la NA SA et autres grands centres scientifiques à travers le monde. La liste ici est très loin d’être exhaustive, et tout ce monde est le fruit du système éducatif haïtien, filiale du système français.
Mais, lorsqu’on a constaté les difficultés de RFO Martinique après les intempéries, pour trouver en Haïti un haïtien capable de s’exprimer correctement dan la langue de Molière, il ne nous reste plus qu’à rédiger l’épitaphe du sys-tème éducatif français chez nous… Pa rélé sor mwen. Karl Degouden
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