Trimestriel N°1 - H! #24 - avril 2007
Le flop Carimi
La musique à base de synthétiseur est populaire en Haïti depuis bien longtemps. Dans les baptêmes, les premières communions, anniversaires et autres, il suffit de faire venir un type avec un Synthé et tout le monde danse. Par exemple, Sweet Micki est issu de ce circuit là. Mais, ce n’est un secret pour aucun néophyte de notre musique, qu’elle est basée sur les sons graves, sa force est son groove qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Les rythmes vodou, le Rara et le Maskawon sont des maîtres en ce domaine. Les JAZZ des années 1950, 1960 (Tropicana d’Haïti, Nemours, Sicot, La Ruche de Léogane, etc...) s’appuyaient sur l’orgue qui servait de colonne vertébrale, autour de laquelle s’articulait les autres instruments. Les mini jazz des années 1970, ont abandonné la colonne vertébrale pour faire de l’harmo-nie avec le ban dèyè comme socle, la ligne rythmique pour adoucir, les voix et l’instrument soliste servant de ratatouilles. Le " Jazz des jeunes " déjà était de cette tendance. Avec les années 1980, le synthé connut ses lettres de noblesse notamment par le groupe Top Vice qui lança la mode des orchestres " san ban dèyè ". Et en 2001 vint CARIMI.
Dans le paysage musical haïtien, carimi, ce n’est qu’un groupe de plus. Le succès est modéré. On préfè-re Djakout mizik, mizik mizik, ce genre d’orchestres jouant du compas éternel pour danser, beaucoup de groove. Tandis que Sweet Micki et Ti-Vice, moins grooveux, ont aussi un grand succès en faisant du siwel, la jeunesse s’y accroche, c’est festif.
Carimi a du succès surtout aux Antilles françaises et la communauté des expatriés antillais de France. C’est avec Carimi que la musique haïtienne fait son retour en Martinique, avec un son plus volatile, plus aigu qui confirme à la population d’ici ce que les promoteurs se tuent à faire croire depuis quelques années, que Tabou Combo c’est ringard; Skah-Shah N°1 et Volo Volo sont des antiquités. Mais Carimi démontre surtout, qu’il est possible de faire de la bonne musique de danse, sans instruments à peau, aisément remplaçables par un bruiteur. C’est un tollé général au sein des professionnels du secteur, des puristes, la génération des mélomanes de 40ans et plus qui réclame à corps et à cris : Le BAN DèYè. Malgré l’appui massif des adolescents qui soutiennent le groupe sans réserve, CARIMI a cédé. En 2006, il a introduit une ligne de peaux. Il est entré dans les rangs, s’est normalisé, banalisé. La révolution s’est embourgeoisée.
Nous avons soutenu CARIMI en 2001, lors de sa percée. Nous estimions à l’époque que sa musique agréable, légère, adolescente bien que les musiciens n’étaient déjà plus des adolescents, était accom-pagnée de paroles sensées. Même lorsque la chanson traitait d’amour, c’était de l’amour vivant, du rela-tionnel quotidien et non des pleurnicheries, du " gwo pwalizan ". Nous le soutenions surtout, bien que nous ne soyons plus de la génération à laquelle le groupe s’adresse, pour des raisons économiques et culturelles. Si la musique haïtienne plait tant, c’est parce qu’elle est l’un des très rares produits locaux nègres, fait par des locaux pour des locaux. Economiquement, le succès de notre musique fait vivre nos familles, les sédentaires endurcis en Haïti, ceux qui malgré tout font que ce pays soit encore majoritai-rement habité par des haïtiens. C’est certainement la gangrène principale de nos sociétés, que les producteurs locaux produisent pour l’étranger et les étrangers s’occupent de notre population. Nous sommes un petit marché avec un faible pouvoir d’achat. Nous n’avons pas les moyens d’entretenir de grands orchestres. Les possibilités d’emploi sont très faibles chez nous, le nombre d’emplois décents auquel nous pouvons accéder à l’étranger est restreint. Nous devons nous y adapter. Un groupe de cinq (5) musiciens, c’est déjà beaucoup pour les promoteurs de Martinique, Guadeloupe, Guyane, les ghettos antillais de France et haïtiens des Etats-Unis, Canada; voire des poches occidentalisées d’Afrique. Cer-tes, quelques musiciens professionnels haïtiens vivent sans gène financière, mais j’interdis quiconque de me citer un seul musicien parmi nos compatriotes faisant de la musique pour notre marché naturel qui soit devenu riche grâce à la musique. De la même manière, Je mets au défi Carimi, de me montrer le mieux tangible que lui a apporté les instruments à peau. Les gars, il fallait insister, tenir bon, prouver avec le temps que vous aviez raison. Aujourd’hui, évidemment, les cachets de chaque musicien en particulier se voit considérablement maigrir, en retour vous ne recevez rien. Chaque être vivant grandit selon son principe propre. Le cabri n’atteindra jamais la taille du cheval. S’il s’y essaye, il perd son temps en gaspillant son énergie.
Fanfan, sur une idée de Karl Dégouden
H.T. H ! Sa ka fèt
tout hayisien ladan-n, menm sa kap éséyé kaché anba cabann yo