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Neg nan dlo
11/08/2008 19:51
Il y a un adage en langue créole qui prétend : « dépi nan ginen nèg pa vlé wè nèg ». Il vient sans doute de la période esclavagiste, quand les nègres créoles, nés aux Antilles, se voyaient et se comportaient en supérieurs des nègres nés en Afrique et déportés aux An tilles qu’on appelait bossals. Les deux étaient esclaves, leur sort était commun, mais comme s’il fallait une hiérarchie entre les deux, ceux d’ici avaient décidé que le lieu de naissance déterminerait le rang de chacun. Dans une société où l’espérance de vie était pré caire, où la force de travail était musculaire, où les outils eux-mêmes exigeaient des hommes forts, où souvent des animaux(bœufs, chevaux, etc.) étaient utilisés en rescousse, où le nombre soulageait du poids, on aurait pu croire qu’un frère d’où qu’il vient était une aide précieuse. Non, le mépris du nouveau venu prévalait. .. Et ce ne fût pas qu’entre les noirs. Il y avait aussi les blancs manants, les engagés qui avaient les mêmes conditions que les esclaves noirs à côté des colons gérants, d’autres absentéistes. Mais dans le cadre de cet article, nous nous tiendrons uniquement à l’héritage nègre.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus esclaves, mais pas grand-chose n’a changé. Le bossal n’est plus originaire d’Afrique, il vient de l’île voisine, de telle sorte que tout le monde est bossal et tout le monde est créole en fonction de sa sédentarité ou de sa mobilité. L’ haïtien, parce qu’il sortit très tôt du système dominant, est celui qui a gardé le lien le plus distendu avec son colonisateur primaire. Il est le plus répandu chez ses voisins immédiats les mieux lotis. Les autres se recensent d’avantage dans leur ancienne métropole et aux USA, Canada. Dans ces pays aussi, entre les immigrés caraïbéens, noirs en général, la division est de mise. Le nègre américain prend de la hauteur vis-à-vis du nègre caraïbéen. Il n’est pas rare d’entendre deux caraïbéens d’îles différentes mais résidant tous deux aux USA se chamailler et que l’un lance à l’autre : « retourne dans ton trou perdu (citant le nom de l’île) ».Certains intellectuels bien pensants mettent cela sur le compte du principe : « diviser pour régner », ce serait donc la faute aux colonisateurs. C’est un élément de réponse. Cependant, entre les nègres de même nationalité, la bataille territoriale fait souvent rage en terre étrangère. Les haïtiens de Brooklyn disent que ce quartier de New-York city est la capita le de la diaspora haïtienne, ce titre leur est fortement contesté par ceux de Miami qui prétendent qu’il re-vient de droit à leur ville d’adoption ; alors que ceux des périphéries refusent à être des ruraux, du fait de leur non résidence en ces deux centres. A
la Martini
que, les haïtiens de Fort-de-France appellent ceux qui habitent la périphérie, « nèg an déyò ».
Nous ne sommes donc pas étonnés que des autochto nes jouent des pieds et parfois des mains, pour faire savoir aux résidents qu’ils ne sont pas chez eux et qu’il faut partir de là. Le problème c’est que celui qui repart, décidé à vivre sur sa terre de naissance, s’entend dire par les sédentaires restés au pays,quan d est-ce que tu retournes chez toi? Du coup, celui qui eut le malheur d’émigrer pour quelque soit la rai son, ne sait plus où est chez lui. Il ne lui reste qu’à trouver quelques grosses pierres pour quelque part, au milieu de nulle part, dans l’océan sans doute, éri ger une île pour habiter. Et même là, il n’aurait au cune garantie qu’un prédateur-colonisateur, ne vien-drait pas l’y déloger. (Suite à la page 2)
Une forte population venant d’Haïti s’est retrouvée bloquer à Cuba après l’accession au pouvoir des communistes. Une autre partie attirée par la ré ussite de la colonisation britannique dans les Bahamas, ne sachant plus où donner la tête après l’indépendance de l’archipel bahaméen, croupit là dans les bas fonds de la société « émancipée ». Souvent, lorsqu’on en-tend parler de boat people haïtien en direction de Miami, ils sont partis des Bahamas. On connaît la situation de nos compatriotes en République dominicaine.
Malheureusement, il n’y a pas que les haïtiens: Les statistiques de la mari ne américaine dénoncent la capture de milliers de ressortissants de
la Ré
publique dominicaine essayant d’atteindre illégalement chaque année, les côtes de Porto-Rico sur des embarcations de fortune. Leur nombre est 3 fois plus important que celui des haïtiens essayant de rejoindre Miami dans les pires années. Beaucoup de trinidadiens et de Barbadiens sont réfugiés au Venezuela, les originaires de
la Dominique
sont en masse à St-Thomas, Ste-Croix. Les St-luciens sont nombreux en Martinique, il y a eu dans les années 1980 une forte communauté de martiniquais dans le « Barrio5 », un bidonville de Caracas. Il y a une star martiniquaise du ca lypso à Trinidad, c’est sans doute l’arbre qui cache la forêt; François Du valier était martiniquais, nombreux furent et demeurent ses compatriotes assimilés à la population haïtienne. On retrouve en Martinique des ressor tissants haïtiens nés en Haïti de parents jamaïcains, dominicains et autres.
Le retour de toutes ces personnes quelque soit leur origine, n’est pas sou haitée sur leur territoire initial. Ils subissent les pires misères de la part des sédentaires lorsqu’elles tentent de s’y réinstaller. Je connais un habi- tant du barrio 5, de Caracas, qui m’avait hébergé lors d’un séjour là-bas, il essaie depuis longtemps de revenir vivre à Fort-de-France, le pauvre, c’est pour lui un véritable calvaire. Et là, je n’apprends rien à personne.
Lorsque
la Caraïbes
était productrice, le nouvel arrivant était peut-être raillé, mais accepté. Aujourd’hui que notre bassin n’est que consomma-trice, le nouvel arrivant est perçu comme un agoulou qui vient émietter le peu, l’insuffisante pitance que les bonnes âmes daignent nous faire la charité. En ce qui concerne Haïti particulièrement, l’expatrié de retour vient perturber la bonne marche du nouveau régime qu’on essaie de met tre en place, du point de vue des dominants. Alors qu’il était pourvoyeur en étant absent, il devient mendiant lui aussi en revenant, aux yeux des sédentaires. Il est peut-être temps que chacun des îliens de
la Caraïbes
cesse de regarder son nombril affamé, et qu’il réfléchisse sur son sort global tel que s’y adonne notre tuteur quel qu’il soit.
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